LETTRES DE MAZARIN ET DE COLBERT
que, pour le surplus, je travaille avec M. Letellier pour voir si on le pourra trouver parmi ceux qui sont à la suite de la cour, et déjà je suis assuré de plus de 1,500 louis par MM. de Villeroy, de Roquclaure, de Créqui et de Beringhen, et s'il me manque quelque chose pour parfaire la somme, je tâcherai de faire contenter Manicamp d'une lettre que je lui donnerai pour vous payable à vue, dont le maréchal d'Estrées lui répondra. Cependant la vérité est que ce soir, après ce payement fait, il n'y aura plus un sol à la cour, non-seulement pour donner à l'armée ce que les surintendants avaient envoyé, mais même pour subsister. C'est pourquoi je vous prie, sans perdre un moment de temps, de presser les surintendants de nous envoyer un prompt secours au moins de 100,000 fr., et s'ils veulent mes pierreries pour avoir plus de facilité de trouver cette somme sur-le-champ, vous les leur donnerez. Avec cette somme on pourvoira à ce qui sera nécessaire pour les travaux et pour l'hôpital, pour faire quelque gratification aux principaux officiers des régiments auxquels on l'a promis à Paris, et pour donner lieu au roi d'employer 200 pistoles, comme il avait résolu de faire, aussi bien que pour rendre une partie de ce que j'aurai emprunté aux personnes ci-dessus qui en auront besoin pour leur subsistance. Eu cas qu'on ne pût trouver à l'instant la somme entière, il faudrait en envoyer au moins la moitié droit à La Fère et le jour suivant le reste; et on pourrait prendre quelques gardes de la reine pour en assurer la voiture, n'oubliant de recommander à ceux qui en seront chargés de marcher avec toute la diligence possible.
« Le cardinal Mazarim. »
On voit par cette lettre quelle était la situation du trésor, et à quels expédients on était obligé d'avoir recours pour une somme misérable de 50,000 écus. Il faut lire dans toutes les histoires financières, Bailly,Bresson, Forbonnais, ou dans M. H. Martin, quia parfaitement résumé cette époque, les détails des opérations désastreuses auxquelles on se livrait, s'abandonnant à la discrétion des financiers et des partisans, dont les beaux temps revenaient; le tout couvert par des acquits au comptant, c'està-dire les dépenses secrètes non soumises à la vérification de la cour des comptes et qui servaient à payer les usures des traitants ou les pots de vin (en certaines années ils