DÉTRESSE DES FINANCES
a 23 juillet. — Le malheureux pain de munition de Champagne nous va accabler par la dépense des mois de mai, juin, juillet, que l'on doit demander dans peu de jours sans avoir moyen d'en fournir. . . Au nom de Dieu, je conjure V. Em. de me permettre d'écrire à M. de Fabert,queles gouverneurs des places frontières députent ici pour presser les surintendants de pourvoir à leur pain, pendant les cinq mois qui restent de cette année... Pour les affaires d'argent, l'on vient à bout avec force de tout ce que l'on demande à longs jours ; pour tout ce que l'on demande comptant, l'on vous donne des traites de l'élection d'Issoudun, du sieur Coquerel, et autres de même nature que l'on n'oserait offrir au dernier homme du royaume... Il y a ici des lettres de change de M. de Fabert pour 60,000 livres, je déclare à V. Em. que je n'ai pas de quoi les payer; elles seront protestées... »
Dans toutes les lettres de Colbert, c'est le même refrain : ( Pas d'argent. » En voici une de Mazarin â Colbert qui révèle une situation gênée au delà de toute expression :
« De Noyon, le 19 juillet 1653. — Je vous envoyai hier un billet pour les surintendants, et je vous écrivis pressamment afin que, par toutes sortes de moyens, on trouvât la somme de 50,000 écus pour faire sortir Manicamp de La Fère. Celui-ci est pour vous dire que l'affaire est trèsdélicate, à cause du peu de confiance qu'on peut prendre en Manicamp, si le roi s'éloigne une fois de ces quartiers, sans qu'elle soit achevée, d'autant plus que les ennemis ne sont pas loin. Et comme j'avais écrit au maréchal d'Estrées qu'on ne prétendait pas cela de Manicamp qu'il n'eût sa récompense, soit par le gouvernement de Saint-Quentin avec quelque argent, soit en l'équivalent qui serait de 50,000 écus au moins, il a été décidé qu'aujourd'hui on donnerait ici à la personne que Manicamp nommerait, la somme de 50,000 écus en argent comptant, qu'il pourrait entrer dans Chauny s'il voulait, pour y commander dès à présent...
« Je vous mande tout le détail de cette affaire afin que vous en informiez la reine et les surintendants, les conjurant de ma part, le plus pressamment que vous pourrez, de faire un effort pour nous assister en cette rencontre, en quoi vous contribuerez ce qui pourra dépendre de vous, leur donnant même mes pierreries afin qu'ils puissent trouver de l'argent dessus. Vous diriez aussi aux surintendants que j'emploie au payement de la somme qu'on doit donner à Manicamp les 22,000 écus qu'ils ont envoyés par un commis de la Bazinière, les 2,000 louis qu'ils firent donner au roi par Girardin, les 1,000 louis que vous me donnâtes en partant avec 500 que j'avais dans ma cassette, et