‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 349 sur 420 · RECOMMENCE COMME AVANT LA FRONDE · texte numérisé non relu

RECOMMENCE COMME AVANT LA FRONDE

c'est-à-dire presque le (iersdela valeur. Lcssurintendants, à l)Out d'invenlions fiscales, recommencent à encourager par de belles primes les donneurs d'avis en matière d'impôts, comme avant la Fronde; nous avons retrouvé dans le recueil Thoisy (Ordonnances des finances) une pièce de ce genre, à la date de 1655. « Un nommé Pierre Célérier, bourgeois de Paris , est gratifié de 40,000 livres en considération de ce que, par l'avis donné au conseil^ la ferme des papiers, beurres et poissons a été augmentée de 200,000 livres de revenu annuel*. » Pour se rendre compte des charges qui accablent le peuple, il faut en outre étudier les budgets des provinces ; on y retrouve le même gaspillage, les mêmes désordres que dans les budgets de l'Etat ^, de plus une foule de surcharges pour

1. (Z, 2284. 95, fo 202.) Voir Une province sous Louis XIV, par Alexandre Thomas.

2. Une Remontrance du président de la cour des aides, Âraelot, donne les plus curieux détails sur les impôts et les partisans (Bibl. Sainte-Geneviève, X, 530). « La misère est si extrême et si générale qu'il la faut diminuer pour la rendre croyable à ceux qui ne la voient pas, ou plutôt elle se fait voir jusqu'à ceux qui en détournent les yeux, parce qu'elle fait sentir sa rigueur à ceux mêmes qui semblent en devoir être les plus exempts par les avantages de leur naissance et de leur condition. Ce n'est pas sans sujet que la campagne pre^que déserte se décharge dans les villes et jusque dans les pays étrangers de la plus grande partie de ses habitants, ce n'est pas volontairement que tant de pauvres gens abandonnent leur labeur avec leurs maison^, c'est la nécessité, et une dure nécessité qui les force d'aller demander leur vie de porte en porte où ils pensent la trouver... Il n'y a plus persdune qui ne souffre et qu ne sente leur fort des calamités publiques, que ce peu de gens qui les ont causées et qui en ont profité aux dépens des autres ; ces gens qui ont anéanti les revenus publics sous couleur de les accroître, qui ont pillé impunément les particuliers sous le nom du prince, et le prince même, sous prétexte de l'acquitter envers les particuliers, ces marchands d'iniquités qui font tratic des afflictions d'autrui et qui établissent leur fortune sur les tléaux de Dieu, enfin ces partisan.? qui sont les ennemis irréconciliables de l'État, puisqu'ils ne peuvent trouver l'avancement de leurs affaires que dans sa ruine. Ce sont là les seuls qui ont été exempts du pesant fardeau dont ils ont accablé tout le reste. »

obtenir la protection de tel ou tel haut personnage, qui, dans l'occasion, peut être utile à la province; et comme les grands ne sont accessibles que par une foule de petits intermédiaires, il en résulte une liste interminable de présents à offrir, partant d'impôts à payer pour satisfaire toutes les cupidités de haut et de bas étage. En un mot, c'est l'histoire de la poule aux œufs d'or qu'égorge un maître extravagant.

Que de maux devaient être engendrés, et l'étaient, en effet, par une administration aussi déplorable! Entre tous les témoignages qui surabondent, prenons d'abord un de ceux qui peuvent le moins être suspectés d'exagération, celui de notre impassible notaire de Marie, M« Lehault. Cette fois, il ne se borne plus à consigner les faits, il éclate en gémissements ;

« C'est avec regrets que je décris les misères de ma patrie, et me repens de l'avoir entrepris, puisque je ne vois aucune apparence de la fin de mes maux, que j'appréhende être plus grands que jamais... 0 pauvre ville de Marie, j'ai horreur de voir dans son circuit jouer la plus cruelle tragédie que les plus inhumains tyrans se pourraient imaginer ; hé Dieu! n'apaiserez-vous jamais votre courroux? Vos fléaux seront-ils toujours sur nos têtes? Quels courages seraient assez constants pour souffrir avec patience les malheurs qui nous accablent? La plume me tombe des mains et me trouve dans la résolution de désister de cet ouvrage puisqu'il ne peut servir que de sujets de déplaisirs à nos successeurs. Néanmoins, pour faire connaître à notre géniture les cruels effets de la guerre, je franchirai hardiment ce mauvais pas, quand ce ne serait que pour leur faire voir que les ruines et incursions n'arrivent pas toujours par la fureur des ennemis, et que nous ne sommes le plus souvent affligés que par la rage de ceux qui devraient nous protéger, et notamment après avoir reconnu les services que nous rendons au roi et à notre patrie, en conservant et gardant la ville au péril de nos vies, à son obéissance, ainsi que nous l'avons fait depuis dixhuit ans, sans l'avoir désertée, quoique nous ayons eu mille sujets de le faire, par les mauvais traitements que nous y avons reçus... »

L'événement ne tarde pas à justifier ces plaintes, qui

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