‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 35 sur 420 · DU CHANCELIER SEGUIER. 4S · texte numérisé non relu

DU CHANCELIER SEGUIER. 4S

se prenant sur toutes menues denrées, afflige par son poids tout ce qu'il y a de monde...

« Dans l'élection de Brioude, pour les tirer de misère, il faudrait, outre les années 1638 et 1639, leur faire remise de 16i0 et I6/1I au moins; sans cela ils restent chargés de quatre années (16/i0-1643), et en voici une cinquième qui en va accroître le faix (1644), de sorte que ne pouvant en aucune sorte y satisfaire, ils ne peuvent revenir du désordre où ils sont, et l'avenir en augmentera toujours le mal; si on nous eût permis d'accorder aux plus ruinés ou décharge ou surséance de 1640 et 1641, ils se seraient rétablis, et en acquittant ces deux années (1642 et 1643) ils auraient pu satisfaire à leurs cotes pour l'avenir. Cette remise irait au moins à 15,000 livres, mais ce qu'on ne fera pas aujourd'hui par remise et grâce, il le faudra faire dans six mois par nécessité, et ce remède à tard n'aura pas retiré ces paroisses du désordre, et ne leur aidera pas pour leur rétablissement. Or, je crois, monseigneur, être obligé de m'en expliquer ainsi par la connaissance de la province... »

Les événements viennent bientôt justifier les craintes du malheureux intendant.

« A Issoire, ils ont jeté les commis dans une chaudière pleine de chaux vive où les corroyeurs jettent leurs peaux de bœuf en poil pour les peler, et dont ces pauvres commis sont sortis à demi-bouillis, puis une sédition s'en est suivie, dans laquelle un exempt a reçu plus de vingt blessures; le mal empire dans les élections de Clermont, Brioude, Aurillac... On fait des rébellions de toutes parts, je suis sans autorité et sans force pour y remédier... Il y a des curés qui ont publié dans leur prône que l'on ne paye plus de subsistances ni d'arrérages de tailles, dont un est entre les mains de MM. de la cour des Aides qui court fortune d'être traité trop doucement, M. l'évoque de Clermont s'étant fait son protecteur et fait solliciter pour lui. »

Cette misère, qui brise notre cœur, excite le rire d'un plaisant du temps. Comme toutes ces petites révoltes n'offrent encore aucun danger réel et ne sont qu'une manière d'exprimer la lassitude, il se trouve un homme dans cette correspondance qui les compare à « un jeu d'enfant, un remue-ménage. » Badinage sinistre, quand il s'agit d'un pareil sujet. Patience! bientôt un autre jeu d'enfant, la

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