LETTRE DE LA SŒUR
Fronde, mettra la couronne en danger; peut-être alors le facétieux administrateur trouvera-t-il le jeu plus sérieux ! Nous terminerons cette série de correspondances, que nous avons prises à dessein de toutes les parties de la France, par une lettre intime de la sœur du chancelier Séguier adressée à son frère : carmélite dans un couvent de Pontoise, elle se fait l'avocal des malheureux paysans auprès du ministre, et se donne dans une lettre le titre de « sous-secrélaire d'État des pauvres. »
« Monseigneur et cher frère,
« Ce mot est pour vous demander Télargissement d'un bon vieil homme, habitant de Franconville, qui a été pris prisonnier pour la subvention qu'il a payée et dont il a ses acquits... C'est une injustice de le tenir, ce pauvre homme s'en meurt de déplaisir. Je vous prie faire cette charité... Ce certain M. Lempereur de Gisors ^ fait le petit tyran depuis qu'il sait que M. de Montagu n'est plus ici pour protéger les pauvres; notre prison de Pontoise est pleine de pauvres gens pour les tailles; ils les consomment en frais et misère, et je ne sais si le roi en est mieux servi; c'est un enfileux de beaux mots que ce Lempereur. 11 est devenu extrêmement riche au métier qu'il fait, et l'on s'en plaint fort dans le pays; nos collecteurs de tailles n'osent sortir, et ici ils ont payé plus que la ville ne payait l'année passée : il faut patience et miséricorde, car il est impossible que les pauvres gens qui font leur argent denier à denier l'aient si fort fourni. Il faudrait que Ton pût prendre aux riches qui paient moins que les pauvres, et que les collecteurs n'osent exécuter, étant même habitants et qui les menacent. J'ai eu une pensée, si l'on ordonnait à Lempereur de s'en prendre aux particuliers qui, le temps du payement des tailles étant passé, devraient
1. 11 fallut la sévère administration de Colberl pour délivrer tout le pays de ce M. Lempereur, malgré les vigoureuses attaques de la sœur ilu chancelier; il put ainsi pendant plus de vingt-cinq ans désoler cette partie de la France; Guy-Patin, dans une lettre du 21 décembre 16G4, nous en parle : « On travaille au procès de M. Lempereur, receveur des tailles de Gisors; son crime est de plusieurs voleries publiques; sept cents témoins ont déposé contre lui, et il a plus de 800.000 livres de bien. »