‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 359 sur 420 · DETTES ENORMES · texte numérisé non relu

DETTES ENORMES

se mettre à l'abri de la Bourgogne. Plus encore, il nous semble, que le greffier de Brid'oison, les gens de finance de Louis XIV auraient dû s'appeler Doublemain.

Mais en voilà trop de ces récits que nous avons pris sans choix au milieu de cent autres aussi tristes; si l'on veut se rendre compte des ruines de la province *, qu'on en lise les longs budgets pour les années 1655, 1656, lorsqu'il s'agit de réparer les désastres. On comprendra facilement, après avoir vu tous ces désordres dans une province pour une seule ville révoltée, l'immense désolation de la France entière, la ruine des villes, obligées d'emprunter pour fournir aux charges de la guerre; la seule ville de Beaune^, en 1664, était endettée de 559.494 livres et n'avait. aucune ressource pour les payer, comme le prouve l'édit de Colbert de 1667 pour autoriser les communes à rentrer dans leurs biens communaux, aliénés pour quelques-unes depuis 1620, moyennant remboursement du prix payé de bonne foi^ par annuités dans l'espace de dix ans. Auxerre doit 85,772 livres; on fut aussi obligé de mettre ce recouvrement en adjudication, et parmi les charges imposées à

1. On consultera encore avec fruit les Jetons de la Bourgogne, par M. Rossignol et par M. de Frontenay, qui tous expriment l'idée de la misère profonde de la province; tantôt représentée coucliée à terre, a'autres fois accablée de traits, etc.

2. Voir l'Histoire de Beaune, par Rossignol, !e savant archiviste de la Côte-d'Or, p. 408 et 409. On y trouvera encore des détails sur la misère de la Bourgogne que nous n'avons pu citer ; car il faut se tracer une limite, et peut-être le lecteur trouvera-t-il que nous ne l'avons que trop souvent dépassée.

3. Le préambule de cet édit était ainsi conçu : «Entre les désordres causés par la licence des guerres, la dissipation des biens des communautés (communes) a paru des plus grandes; elle a été d'autant plus générale que les seigneurs et autres personnes puissantes se sont prévalus de la faiblesse des plus nécessiteux pour dépouiller les commuaautéà. »

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