‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 37 sur 420 · JEANNE DE JÉSUS, CARMÉLITE · texte numérisé non relu

JEANNE DE JÉSUS, CARMÉLITE

au-dessus de dix ou douze écus, du moins ces pauvres collecteurs ne seraient |)oint si misérables, et ceux qui ont de quoi ne se laisseraient pas mettre en prison. Il n'y a toujours que les pauvres qui ne se peuvent libérer qui souffrent et sans profit. Je suis bien volontiers leur advocatto, puisque étant pauvre moi-mênip, je ne puis leur mieux faire que de plaider leur cause, afin que quelque jour ils plaident la mienne devant le grand juge. Rendez-leur bien justice, et Dieu vous la rendra en miséricorde,

<i Monseigneur et cher frère, votre très-humble et très-aflectionnée sœur et servante,

« Sœur Jeanne de Jksds, carmélite indigne.

« novembre 1G43. «

Dans une autre lettre, elle revient sur la situation malheureuse de Pontoise, « qui, en tout, a 45,000 livres d'impositions; peut-elle payer cela, elle qui n'a aucun trafic? Par suite d'un extrême effort, les collecteurs ont porté 30,000 livres à Lempereur, qui veut être payé du reste et menace de contrainte et de prison, et voici une garnison qui fait bien du désordre '. »

La situation de Pontoise, c'est celle de toute la France; les impôts ne se prélèvent que par la force année, et en 16iG il y avait dans les fers, pour non-payement de leurs tailles, plus de vingt-trois mille prisonniers; il est vrai que les receveurs des tailles et les autres financiers s'enrichissaient! Tous les moyens sont bons pour faire parvenir une plainte, hélas! inutile au pied du trône : en lt)46 , profitant de la prise de Dunkerque par Condé, dans la collection des poésies ofiicielles , un conseiller au présidial glisse une Requête en vers de la part de la pauvre ville de Bourges qui n'était en

1. Ms. Bibl. imp., fonds Saint-Germain fr., ^-ûâ, f» 19 et 13G. — Cette sœur Jeanne de Jésus, par son influence dans le parti dévot de la Régence, avait beaucoup contribué à l'élévation et au maintien de son frère, dit M. Cousin dans les Carnets de Mazarin.

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