A TROMPÉ LA POSTÉRITÉ. 4S
même et n'avait conservé sa couronne que par les fautes de ses ennemis!
On comprend facilement que l'orgueil se soit saisi de ce jeune cœur ambitieux, l'ait rendu impatient de toute opposition : la scène de Louis XIV, accourant de Vincennes en bottes de chasse et en justaucorps rouge pour imposer sa volonté au Parlement, s'explique par le souvenir de la Fronde et surtout par la bassesse universelle qui a habitué Louis à voir jusqu'à ses caprices docilement suivis, et ses moindres désirs prévenus ^
Il est trop vrai, malheureusement, que cette grandeur apparente, ce calme du pays n'existaient que dans les discours officiels, sur le papier des gravures ou le métal des médailles : les passions soulevée.? fermentent longtemps encore après la défaite, et l'apaisement ne peut être que le résultat de la modération dans la victoire, qui adoucit les ressentiments, et des années qui les font oublier. L'histoire est là pour le prouver : on s'était contenté de décréter contre Mazarin pendant la Fronde, de mettre sa tête à prix, et personne n'avait cherché à gagner la prime; le ministre courra plus de dangers que le proscrit; bientôt on rencontre une tentative d'assassinat contre Mazarin. La fidélité envers le roi et la patrie n'existe pas davantage, la trahison était passée dans les
1. Cette impatience se retrouve fréquemment, dans la jeunesse de Louis XIV, avant la mort de Mazarin; à Dijon, le Parlement ose discuter quelques centaines de mille francs que le roi exige en plus de ce qui lui est offert, il est exilé dans la petite ville des Noyers; à Toulouse (1659), lorsque le roi se rend en Espagne pour son mariage, les capitouls lui présentent le livre des Évangiles sur lesquels il devait promettre de conserver intacts les privilèges de la ville. Louis hésite et demande si son père s'était soumis à cette formalité, et il n'y consent que sur l'assurance qu'on lui donne que toux les rois ses prédécesseurs s'y étaient conformés sans difficultés. Histoire de Toulouse, par d'Aldéguier.