‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 376 sur 420 · SEMBLE PERDUE · texte numérisé non relu

SEMBLE PERDUE

qués, malgré la promesse faite par la reine pendant la Fronde.

Peu s'en fallut que, comme Henri IV, le roi n'eût à reconquérir ou à racheter son royaume, ville à ville, des mains de la noblesse, qui l'occupait par droit de concession ou par force. Lorsqu'elle ne trahissait pas, elle abusait singulièrement de son autorité: c'est ce que prouvent les procédures des Grands Jours, cette justice sommaire que Louis XIV dut faire promener presque par tout son royaume, dans les premières années qui suivirent le rétablissement de la paix, pour réprimer les violences, faire cesser les extorsions, imprimer le respect des lois dont le peuple et la noblesse surtout' semblaient avoir perdu l'habitude. Fléchier nous fait connaître les moeurs de tous ces brigandeanx dont les plus doux et les plus honnêtes auraient été de nos jours condamné3, pour le moins, aux travaux forcés à perpétuité*. Ceux de Normandie,

1. Voir les Grands Jours d' Auvergne, de Flécliier, édit. de M. Chéruel; les Histoires de France, de M. H. Martin, t. IV, p. 592, § II, Justice et Pulice; de M. Michelet, cliap. v, les Grands Jours; chap. ix, Débâcle des mœurs, et une belle étude sur le livre de Fléchier, par M. Taiue, Essais de critique et d'histoire. 11 faudiait un volume pour faire connaître les désordres moraux de cette époque, à laquelle Tallemant des Réaux et Bussy-Rabutin ont emprunté les détails de leur tableau, un peu exagéré peut-être. Ajoutons quelques traits fournis par nos documents manuscrits : la justice, dit la corres|iondance Séguier, est partout impossiide, aussi bien dans les provinces du centre que sur les frontières, à Kiberaont et à iMaile, etc. « 6 mai 1649. Je dén.entirais ma profession si je taisais à Voire Grandeur, comme chef de la justice eu France, qu'il ne s'en rend plus à Bordeaux ni aux pays voisins, ni s'y en peut rendre à l'avenir. — 2 a^ùt 1630. Montpellier. Il se fait ici beaucoup de crimes sans aucun châtiment, la justice y étant fort faible; pour moi, je n'ose qu'avec peine me mêler d'aucune affaire pour ne pas me commettre inutilement avec les juge? de la p ovince; les peuples y sont dans le dernier désespoir. » Les registres d'écrou de la Conciergerie (i647-b0) et celui du Cliàlelet (1631), qui se trouvent aux Archives de la préfecture de police, font frémir; esont les crimes, les plus monstrueux attentats contre les personnes et

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