‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 4 sur 420 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

Bordeaux, comme on le croit et on l'écrit généralement, mais bien dans toute la France, il nous a fallu, année par année, parcourir presque une à une toutes les provinces. Le lecteur regrettera peut-être ces redites; mais s'il a la patience de lire ce qu'ont pu endurer ses pères (et Pline le Jeune dit que la patience du juge est une grande partie de la justice), ces longueurs serviront à amener une plus grande conviction dans son esprit, à lui donner, par la fidèle reproduction des pièces, un sentiment plus exact, une connaissance plus intime de l'époque.

Si les conclusions de ce travail paraissent à certaines personnes sévères pour l'ancienne monarchie, nous voudrions bien qu'elles n'y vissent pas une œuvre de parti : nous avons tenté de faire ce que vient d'accomplir si heureusement M. Cochin au sujet de l'esclavage, de nous adresser à la conscience et à l'intérêt véritable et bien entendu de nos concitoyens. Ecrire des plaidoyers contre l'ancien régime ou contre l'esclavage serait œuvre de déclamation; on n'en est plus là aujourd'hui, ce sont deux causes gagnées devant la morale et la justice; reste à convaincre les partisans de ces deux régimes que leur abolition est un bon calcul. A notre époque positive, il faut prouver par des faits et des chiffres, il faut que l'historien se fasse économiste, qu'il montre que la transformation de la société en 1789 loin d'avoir ruiné la nation l'a sauvée d'une

PRÉFACE. vn

décadence complète, et qu'elle l'a mise en voie de s'améliorer et de s'enrichir.

En attendant que la science ait dit son dernier mot sur cette question, le lecteur peut faire lui-même un rapide examen de la situation morale et économique des États de l'Europe selon qu'ils sont plus ou moins rapprochés des idées de 1789 ; cet examen lui servira à la fois d'épreuve et de contre-épreuve, car il arrivera nécessairement à établir deux catégories bien différentes qui justifieront cette pensée exprimée par M. Michel Chevalier dans un discours au dernier conseil général du département de l'Hérault. « Les principes de 1789 ont fait la conquête de l'Europe, les rois lui demandent la sécurité, de même que les peuples en attendent la dignité et le bien-être. »

C'est là notre thèse; nous nous sommes efforcé de n'en pas sortir, et nous avons la conviction d'y avoir réussi. Pour parvenir à rassembler le grand nombre de documents que nous avons réunis dans ce livre sur une époque oîi l'on ne trouve que des fragments, nous avons dû frapper à bien des portes ; elles se sont presque toutes ouvertes avec beaucoup de bienveillance, et nous trouvons du plaisir à nommer, chaque fois que l'occasion s'en est offerte, ceux qui nous ont aidé de leur obhgeant concours. Avant de terminer cette préface, nous remercierons d'une manière spéciale M. Chéruel, inspecteur général de l'Université, l'historien qui

Page 1