‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 55 sur 420 · GABELLE · texte numérisé non relu

GABELLE

douaniers pour tenir la main à l'exécution de ces arrêts ; leur nom même est resté comme un terme injurieux : le gabelou. On comprend que la contrebande du sel fût populaire; le faux-saunier, ou le contrebandier des gabelles, avait toutes les sympathies des paysans et des bourgeois; on l'aidait autant que le permettait la terreur qu'inspirait tout ce qui touchait au sel. Au milieu des désordres de la Fronde, nous verrons quelle préoccupation grave cette question des gabelles ajoutait aux nombreuses inquiétudes du gouvernement, la contrebande armée avec cavalerie et canon s'exerçant en plein soleil, et exigeant des corps d'armée entiers pour la réprimer.

D'après des dépouillements officiels, la contrebande, année commune, occasionnait dans le pays trois mille sept cents saisies dans l'intérieur des maisons, et l'arrestation sur les grands chemins, de deux mille trois cents hommes, mille huit cents femmes, six mille six cents enfants, mille cent chevaux, cinquante voilures; la gabelle fournissait environ le tiers du nombre total des forçais du royaume, trois cents environ, et les prisons, pour le même délit, n'avaient guère moins de dix-sept à dix-huit cents habitants; «aussi, dit un rapport ministériel, l'agricuilure est abandonnée pour suivre une carrière qui promet de plus grands et déplus prompts avantages, la contrebande du sel; les enfants se forment de bonne heure et sous les yeux de leurs parents, à l'oubli de leurs devoirs, au mépiis de la loi. » — « La gabelle, comme le ùhmt Monsieur en 1787, à l'Assemblée des Notables, en voyant dérouler sous ses yeux un tableau dont il n'avait pas jusque-là soupçonné l'existence, la gabelle était une a machine infernale^ un impôt irréformable. » Il n'y avait qu'à l'anéan-

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tir, et il ea était à peu près de môme de tout l'ancien état de choses*.

L'impôt sur les boissons, ou les Aides, n'était guéie moins lourd et moins tracassier. Là, nous retrouvons d'abord les droits féodaux, ban des vendanges, ou fixation de louverlure des ven Janges, selon le bon plaisir du seigneur, ce qui amenait souvent une cueillette non mûre ou des raisins gâté-; sur leurs ceps, toujours de grosses pertes pour le cultivateur; puis les redevances en nature, c'est-à-dire variées à l'infini : carlelage, ou le quart de la récolle; forage, ou permission de détailler avec enseigne, etc.; les corvées pour les vignes du seigneur, ou vinade; le banvin, ou droit du seigneur de vendre seul exclusivement pendant quarante jours de l'année; puis venaient les réglementations royales, comme celle-ci: ordre d'arracher les vignobles pour en faire des terres à blé, a la suite de plusieurs années de stérilité, mesure inhabile qui rendait le vin plus rare sans rendre le blé plus abondant, puisqu'il faut un assez long repos de la terre pour que le blé puisse succéder à la vigne, mesure onéreuse au fisc, puisque l'impôt est beaucoup plus considérable sur les vignobles que sur les terres à blé.

Les aides générales les plus importantes établies sur les boissons étaient : le gros, ou impôt de un sou et six de-

1. Voir sui" cette question : Recueil d'éditi et d'ordonn mces, augmenté sur l'édition de P. Néron et Et. Girard, 17-20. 2 vol. in-f», t. I, p. 884; Mémoire concernant les droits el les impositions, par Moreau lie Beaumont, intendant des finances, 5 vol. iu-f", 1768-1789, t. III, p. l à 276 ; nous avons vu aussi citée une Hist nre de la Gabelle, par M Eug. Leserinier ou Lescrinier, que nous n'avons pu parvenir à nous procurer. M Richard, conservateur à la Biblioth'lque impériale, prépare une histoire ttès-étudiée de la Contrebande sous l'ancien régi/ne; les mêmes rigueurs étaient déployées à l'occasion des toiles peintes, des in.liennes et de toute l'industrie; qui ne pouvait par conséqueut se développer.

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