LE COMMIS AUX AIDES
d'entraves que la circulation des grains, péages des ponts et des rivières, droits de travers, perçus par les villes. Chaque muid avait à payer sur le cours de la Seine environ cent un sous; puis les entraves que mettaient les rivalités des pays dans une société où tout était privilège; un exemple le fera saisir : les Bordelais avaient la prétention d'interdire dans le Quercy et la généralité de Montauban la vente de tout autre vin que le leur, et, pour y arriver, exigeaient sous peine d'amende et de confiscation que la futaille de ces pays fût beaucoup plus petite que celle du Bordelais, ce qui faisait préférer les grandes futailles, puisque les droits étaient perçus par tonneau sans distinction de jauge. Ajoutez le personnel de la perception, les commis aux aides, célèbres pai- leur avidité fiscale; pour juger de leur moralité, il suffira de rappeler que l'on était admis par la cour des aides, « sans aucune information de vie et mœurs » dès que l'on était présenté à la requête des fermiers, et Lesage nous a appris comment Turcaret choisissait son agent l'honnête Rafle.
Comme pour les gabelles, tout était permis aux commis, infliger la mort môme en cas de résistance; les moindres contraventions étaient punies d'une amende de cent à mille livres, puis le fouet, le bannissement, les galères, la confiscation de partie des biens ^
Il fallait, on l'avouera, dans un état de choses aussi vicieux, aussi contraire à toutes les saines doctrines d'administration et d'économie, une certaine énergie pour resier dans la classe misérable des producteurs au lieu de passer dans la classs si commode des mendiants privilégiés; il se trouvait cependant des hommes qui, à
1. Traité général des droits d'aide, par Lefebvre de la Bellande.