‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 93 sur 420 · LETTRES D'ANGÉLIQUE ARNAULD · texte numérisé non relu

LETTRES D'ANGÉLIQUE ARNAULD

« mieux que vous les ayez que les gens d'armes, n Notre église était pleine de blé, d'avoine, de pois, de fèves, de chaudrons, de meubles et de toutes sortes de haillons, qu'il fallait, marcher dessus pour entrer au chœur, lequel était au bas tout rempli des livres de nos messieurs. De plus il y avait douze filles qui se sont sauvées chez nous; toutes les servantes des Granges étaient au dedans et les valets au dehors; les Granges étaient pleines d'estropiés; sans le temps froid, je pense que nous eussions eu la peste... Le froid nous incommodait, car notre bois ayant manqué, on n'en osait aller quérir... Tout est devenu hors de prix ici, tout ayant été ravagé. Je ne pensais pas à vous dire tout cela; mais comme j'en suis toute remplie de pitié et de souci, je le dis insensiblement... — Mai. — Nous fûmes surprises ici quarantes filles... Nous avons toujours été environnées des plus cruelles troupes du monde qui ont ravagé tout notre pays avec toutes sortes ae cruautés, sacrilèges... Ces messieurs de Port-Royal avaient tous repris leurs épées pour nous garder, et ont fait de bonnes barricades. Sans les bois, on eût encore plus souffert, les gens de guerre n'osant y entrer... »

On comprend, en lisant les fragments brisés de cette triste correspondance, cette exclamation empruntée à l'Écriture sainte, qui se relrouve à chaque instant sous la plume de la mère Angélique : « Les grands et les puissants seront tourmentés puissamment. » Oui, la mère Angélique Ta bien senti, le crime de l'aristocratie pendant la Fronde est, pour des motifs frivoles d'intrigue et d'ambition jalouse, d'avoir recommencé la guerre, rejeté le pays au milieu des tempêtes civiles, lorqu'il avait besoin d'une longue paix pour panser ses blessures. Cette conduite est quelque chose d'analogue à ce que l'on ferait si on soumettait aux épreuves morales et physiques les plus terribles un malade épuisé par la fièvre, au moment môme où il semble pouvoir renaître à la vie par un sommeil bienfaisant.

Mais reprenons notre rôle de grelTier auquel nous voulons nous borner, et, pour connaître la vraie situation de Paris, éludions dans lesReçiistres de l'hôtel de ville pendant

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