‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 95 sur 420 · ÉTAT DE L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE L'INDUSTRIE

cela au milieu drts exigences diverses des partis et des rumeurs populaires. Comme les charges augmentent, que peu à peu la population cesse de travailler, parce que les ateliers chôment et se ferment chaque jour, on parle d'expulser tous les pauvres, étrangers à la ville, en leur donnant vingt sous lorsqu'ils seront dehors, et l'on ne recule devant la mesure que par crainte d'exciter une émeute dangereuse dans ces bas-fonds des nombreuses Cours des Miracles.

Il existe une pièce curieuse sur la situation des classes ouvrières à cette époque, intitulée : Les Contents et les Mécontents sur le sujet du temps. Les contents sont les armuriers*, les quincailliers, les faiseurs de malles et de valises et fourreaux de pistolet, les fourbisseurs , usuriers et prêteurs sur gages, imprimeurs, colporteurs, maquignons, faiseurs de baudriers, vendeurs de poudre et de balles, officiers de guerre et cavaliers; les mécontents sont composés de toutes les autres industries qui sont réduites à néant, et qui, dit l'auteur, constituent de beaucoup le plus grand nombre. Les vignerons de la Bourgogne adressèrent une requête au prince de Condé sur l'interruption de leur commerce, et, quelque burlesque que soit le ton, il n'en constate pas moins une souffrance. Une mesure publique explique mieux que tout ce que nous pourrions dire le malaise général, c'est la remise du terme de Pâques faite par le Parlement de Paris aux locataires et

1. On fut même obligé, par ordonnance de police du 30 janvier, de fixer un maximum pour le prix des armes offensives et défensives : 8 livres les mousquets de Charleville, de Mézières et de Liège avec bandoulière; 10 livres ceux de Hollande et de Sedan; pique de frêne, 24 sols; de 10 à 12 livres les pistok-ts; 20 sols la livre de poudre, 4 sols celle de plomb et la livre de mèches. (Arcli. de la préfecture de police. Coll. Lamoignon, t. XII.)

UEMISE DES LOYERS. 131

sous-locataires de la ville par suite des misères du temps'. Toutes les relations habituelles de la vie régulière sont interrompues, bi"isées, et cessent une à une. La foire de Saint-Germain, si célèbre et si importante, qui attirait un grand concours de paysans et de Parisiens, remise de quinzaine en quinzaine, ne peut avoir lieu; et maint pamphlet se fait l'écho des doléances publiques sur la suppression de cette foire, à la fois rendez-vous d'affaires commerciales et de parties de plaisir. Bientôt, nouvelle plus grave, les coches et les messagers de la poste, arrêtés par le parti de la cour, qui espère ainsi réduire Paris à une capitulation, cessent de marcher, malgré les etïorts du Parlement et de l'hôtel de ville, qui comprennent bien qu'un semblable événement est la suspension de la vie intime et des affaires pour toute la France. C'est le journal inédit de Dubuisson-Aubenay qui nous l'apprend :

30 janvier 1649. — « Les voyages de tous messagers, courriers ordinaires, interdits, comme il a été par la cour, on a commis des conseillers qui tiendront bureau par le sieur Burin, ancien commis dfi la posie, pour faire aller courrier en toutes parts, de la manière et adresse qu'ils pourront éviter d'être arrêtés par le parti de la cour; ceci a été changé ci-après en une chambre des dépêches...» — « Bruit que le courrier de Bordeaux, apportant une dépêche de son Parlement, importante pour le Parlement de Paris, y est arrivé ayant laissé son paquet en chemin, sur l'impossibilité qu'il a vue de l'apporter sans qu'il fût pris par ceux du parti contraire... » — « Tous courriers des Pays-

1. Voir la Requête à nos seigneurs de la cour du Parlement pour être exemptés de payer aux propriétaires des maisons le terme de Pâques. 1C49, 4 pages; pièce rare. — Sentence de nos seigneurs des requêtes du Palais pour la décharge entière du terme de Pâques, portant cassation de la sentence de M. le lieutenant civil du 21 mai, avec l'écrou d'emprisonnement fait à la Conciergerie, en exécution de ladite seiilencp, sur la partie contrevenante, faute d'avoir rendu les meubles exécutés pour le prétendu terme de j'àques; 4 pages, 1649.

Iâ2 INTERRUPTION DU SERVICE DES POSTES.

Bas et de Munster ont cessé, et tous courriers et messagers de quelque part que ce soit... »

Les correspondances particulières qui ont pu échapper confirment ces détails; nous l'avons déjà vu par une lettre de la mère Angélique, nous le verrons bientôt par une autre de saint Vincent de Paul à un de ses missionnaires. Une lettre d'un des agents du chancelier Séguier, nommé Dulieu, avocat au présidial de Lyon (6 février), nous apprend le terrible effet que produisit cette mesure extrême de la cour sur toutes les populations du Midi, et de Lyon en particulier. « Cette interdiction des postes fait beaucoup crier et le fera davantage ci-après, puisque tous les principaux marchands cessent de donner à travailler au pauvre peuple, qui bientôt sera réduit à la misère. »

A mesure qu'on s'éloigne de Paris, les maux augmentent encore, surtout si on se rapproche des frontières : consultons le manuscrit de M= Lehault; on se souvient que le 12 juillet 1648 il nous donnait une note des désastres de la banlieue de sa petite ville s'élevant à 60,000 livres. Depuis ce moment, plus de trêve, de merci. « Le 23 août, désastres causés par le régiment du comte de Grandpré entré sans ordre, par force et main armée, dans les faubourgs de Marie, où il a demeuré trois jours, le tout estimé par procès-verbal à 6,000 livrer^. Le 18 septembre, c'est le vidame d'Amiens avec trois régiments; il y demeure quatre jours, revient le 2o avec quatre régiments, reste dix-neuf jours; toujours la même conduite; dépense 14,000 livres. Si encore leur présence éloignait les ennemis : mais non, pendant leur séjour, la garnison d'Avesne pille aux portes la ville de Marcy, emmène cinquante chevaux ou vaches et treize prisonniers qui ne sont sortis qu'en payant rançon. » To-

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