SITUATION DE LA CHAMPAGNE
Reims, pour ne pas subir une garnison, dut payer un subside considérable à la place des cinquante mille rations de pain qu'on lui demandait. Pendant ce temps, Erlach, avec son corps d'Allemands, de Suédois et de Polonais, était venu s'établir de Sainle-Menebould à Suippe, et ses coureurs s'étendaient jusqu'à Prosne,qui fut pillé; la noblesse de campagne était dépouillée, battue et traitée avec la dernière indignité*; un autre détachement passa la Vesle et vint s'établir à Yillers et à Yerzy :
« Tout ce qui résistait à ces barbares était impitoyablement saccagé ; Auxonne fut, pour ce motif, presque entièrement brûlé; à, Reims, on n'était occupé qu'à ouvrir les portes aux gens de la campagne qui, de tous côtés, s'y réfugiaient avec leurs bestiaux, et (détail touchant) ces pauvres malheureux sortaient chaque jour à la fermeture des portes, ne rentrant le matin qu'à Touverture, occupés toute la nuit, au risque de la vie, à chercher des fourrages et de l'herbe pour leurs malheureux bestiaux. »
La paix du 1" avril éloigna un instant ces troupes; mais les armées repassèrent bientôt, et, comme on n'avait pas d'ordre de la cour pour leurs étapes, ils vécurent aux dépens des faubourgs de Reims. Dans une nuit qu'ils y passèrent, ils firent pour plus de dix mille livres de dommage, démolissant en partie, brûlant le bois, les
1. Les puissants personnages étaient seuls à l'abri de ces déprédations; on trouve dans la correspondance d'Erlach un curieux billet de Condé « Monsieur, mon frère ayant des terres sur la frontière, je vous prie d'en vouloir prendre soin et de tenir la main à leur conservation. Celui qui vous rendra la présente vous les nommera, et je vous assurerai seulement que je suis, monsieur, votre trè.<;-affectionné à vous servir,
« Louis DE Bourbon.
« Gompiègne, 24 mai 1649. »
Nous avons trouvé des recommandations semblables du maréchal de Schomberg et beaucoup d'autres sei^neui» non moins considérables; les autres sont laissés à la grâce du Dieu!