‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 110 sur 503 · ENQUÊTE SUR LA PICARDIE · texte numérisé non relu

ENQUÊTE SUR LA PICARDIE

tal de la dépense appréciable de Marie, pendant 9 mois, de juillet 1648 à avril 1649, 199,100 livres f

Les souffrances de Marie sont l'histoire de la Picar43ie, du Vermandois. Les enquêtes recueillies par M. Ed. Fleury confirment le récit de Lehault : « Les fermiers et laboureurs des environs de Marie sont obligés d'abandonner la terre pour mendier leur pain. » Des dépositions analogues se retrouvent pour les doyennés de Neuchâtel, Montaigu, Bruyère, Mons en Laonnois; et parmi les témoins, se rencontrent M* Claude Tourtebatte, ancien conseiller au siège présidial de Laon; messire Benjamin de Thouars, chevalier, lieutenant du roi du gouvernement des ville et citadelle de Laon; M"= François Tassart, avocat au Parlement, éclievin de Laon et ancien gouverneur de la ville, etc.... De toutes les dépositions, nous n'en prendrons qu'une, qui nous semble résumer d'une manière aussi complète que triste l'histoire lamentable de ces provinces en 1649 : celle d'un laboureur des environs de Crécy-sur-Serre. En lisant tout entier ce désolant récit, on pourra juger de la situation de ces pauvres gens qui nourrissaient le pays en ces temps de guerre et de ruine, et qui n'échappaient à l'ennemi que pour être encore plus rudement traités par ceux qui au- »-aient dû les défendre.

Antoine Gossuin, ci-devant laboureur, demeurant à Pouilly, âgé de cinquante ans, après serment par lui fait de dire la vérité, a dit : « La guerre s'étant augmentée principalement depuis que le général Erlach est arrivé avec son armée, il a été contraint de quitter ce diocèse pour n'avoir eu le moyen d'y subsister, et après avoir été pillé, mis à rançon, et tout le village de Pouilly ravagé par l'armée, tous les bestiaux du lieu et ceux du déposant ayant été enlevés, il a été réduit comme tous les autres habitants de Pouilly et des villages circonvoisins à chercher occasion de travailler, tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre, pour Sagner sa vie et entretenir sa famille. Auquel Pouilly, outre la perte

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des biens et le pillage de l'église, la plupart furent mis à rançon, aucuns tués par la violence du soldat et entre autres Louis Gossuin, aussi laboureur, et qui, s'étant voulu sauver, fut tué près le village de Couvron. Et comme cette armée avait donné de la terreur par tous les endroits où elle avait passé dans le diocèse, et qu'on n'entendait parler qne des cruautés qu'elle avait exercées depuis la rivière d'Aisne jusqu'à celle de Serre, tout le pays étant en confusion, chacun fuyait pour trouver un asile et se mettre à couvert de la violence des soldats. Le déposant et plusieurs autres se retirèrent au château de Coucy, et le reste des habitants tant dans la ville de Laon que de La Fère ; en sorte que tout le village fut entièrement abandonné, comme aussi le bourg de Crécy et plus de 30 villages aux environs qui furent réduits en déserts et inhabités, tous les peuples fuyant de tous côtés en une telle extrémité de misère que pas un n'avait le moyen d'avoir du pain pour eux et pour leurs enfants. Et la cherté du pain était si grande que plusieurs furent contraints de se retirer dans les bois et se substanter de racines et de feuilles d'arbres, dont grande quantité mourut, et les villages qui auraient servi de retraite à tout le pauvre peuple se virent accablés par la multitude des personnes qui y abordaient pour sauver leur vie et qui furent nourris par aumônes. Pendant quoi, cette année ne trouvant plus rien à piller ni personne contre qui les gens de guerre pussent exercer leurs cruautés, ils démolissaient les bâtiments, ruinaient les édifices, et en tous lieux où ils passaient, ils pillaient les églises et se plaisaient à traiter inhumainement les gens d'église. Et après un long séjour dans le diocèse et que cette armée se fût éloignée et passé en une îiutre province, tous ceux qui voulaient retourner au lieu de leurs domiciles trouvèrent que le nombre en était grandement diminué, et que la plus grande partie était morte de misère, de chagrin et de paurreté. a

La Champagne n'est pas plus heureuse que la Picardie Bt le Vermandois: le 6 mars 1649, l'archiduc s'étant établi à Crécy et s'y faisant en général aimer par sa douceur et Bes bons procédés envers les habitants, Condé, qui craignait autant celte politique espagnole que les suites de leur entrée en France, détacha du siège de Paris près de quatre mille hommes qui s'établissent de Fismes jusqu'à Pont-à-Verd, sous les ordres du maréchal Du Plessis- Praslin, et y vécurent comme dans un pays de conquête.

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