BILAN D'UNE GUERRE POUR RIRE
« Pour parler à V. Ém. avec la sincérité que je dois, il ne faut pat qu'elle doute que le pays ne soit ruiné par nos troupes et celles du duc de Longuoville, ayant été obligé, pour rompre le dessein qu'il avait de se joindre aux troupes de basse Normandie, de me tenir pendant près de deux mois dans huit ou dix lieues de pays (au camp de Bonneville), que nous avons mangé jusqu'à ne rien laisser; d'ailleurs, monseigneur, nous n'avons pas un sol, et si V. Ém. ne fait faire effort pour donner quelque argent aux troupes, nous nous voyons à la veille d'être desservis par les olBciers, qui nous menacent de leur retraite; ils n'ont pas véritablement de quoi vivre, et si le soldat et le cavalier a moyen de vivoter, les officiers n'en peuvent faire de même, et nous nous voyons réduits à cette extrémité, que si nous continuions à faire justice de ceux qui pillent, comme nous avions déjà commencé, nous perdrions un nombre infîni de nos bons soldats, qui ne sauraient subsister sans dés« ordre, la plupart n'ayant pas reçu un sol depuis dix mois ^ »
Le duc de Longueville, grâce aux arrêts du Parlement de Rouen, à l'or que lui avaient fourni les taxes, le sel et les forêts, et surtout à la misère et à Timpossibilité de travailler, avait enfin réuni son armée : on vit en un seul jour dans les bruyères de Saint-Julien 2,800 piétons et 1,300 cavaliers en grand appareil prêter serment « de servir le roi et les Parlements de Paris et de Rouen unis ensemble, sous le commandement de M«' le duc de Longueville. » Les chefs de cette armée, si plaisamment peints par Saint-Evreraond, étaient d'abord tous les vétérans conspirateurs du règne précédent, les Fiesque, les Saint-Ibal, les Fontrailles, les Campion, ou des gentilshommes normands avides de jouer un rôle et de remplir un peu leur bourse trop légère ; les plus capables étaiei encore peut-être ceux qui avaient appris à connaître 1| pays par « quarante années de chasse, estimées dans cett armée valoir vingt campagnes. » Cette armée ridicule n'ej coûta pas moins cher à la pauvre Normandie, déjà épu)
1. Arch. imp. KK, ms. 1083, f» 150. — Ms., Bibl. im., no 855; Fl^ quet.