LA PAIX DE SAINT-GERMAIN N'EST QU'UNE TRÊVE
générale du royaume qui faisait leur force. Le jourmôme de l'enregistrement de la déclaration royale de Saint- Germain, à la fin de la séance, le doyen des aides de Normandie ne s'en était pas caché lorsqu'il s'écriait : • Souvenons-nous, messieurs, combien a été avantageuse l'Union des compagnies et qu'elle ne finisse pas avec cette guerre, mais soit perpétuelle pour le bien du service du roi et de la justice, pour l'avantage de la province et des compagnies. » Les bourgeois, de leur côté, devinrent bien vite furieux de voir que la cour ne rentrait pas à Paris : à quoi avait servi leur modération pendant la guerre? les , pourvoyeurs du roi n'avaient-ils pas durant le blocus 1 même été toujours privilégiés sur le marché de Paris ? ' Pourquoi ne tenait-on aucun compte de leurs regrets, de ' leurs supplications, de leurs vœux pour la gloire et l'é- , clat du règne de leur jeune souverain? Jamais peuple I avait-il ainsi couru au-devant de son roi *? Aussi de l'enthousiasme on avait passé au dépit; les pamphlets avaient recommencé de plus belle, et la populace n'hésitait pas à arracher des mains des exempts l'imprimeur Morlot, con^ damné à la potence par le Parlement, pour la publication fi'un des plus odieux libelles de la Fronde, la Custode {rideau du lit) de la reine qui dit tout.
Trois lettres écrites par des ministres de Louis XIV, mieux que tout ce que nous pourrions dire, éclaireront la situation : les deux premières sont du chancelier garde des sceaux, Séguier, au secrétaire d'Etat ministre de la guerre, Letellier; la troisième est de Mazarin lui-même.
1. Voir le Manuel du bon citoyen, 16^i9; la Plainte des Parisiens au roi et à la reine sur leur dessein de s'éloigner de Paris; la Plainte du Pulnis-Royal sur l'absence du roi, etc.; Moreau, Bibliographie des Mazarinades.
i&6 LETTRES DE SÉGUIER.
Le Daiiphinê, quoique n'ayant pris aucune part aux événements politiques, avait fait aussi sa petite rébellion au sujet des impôts, et le Parlement de Grenoble avait enregistré de sa propre autorité une déclaration contraire à celle durci par rapport aux étapes et autres impositions; le chancelier fait savoir à quelle résolution on s'est arrêté dans le conseil au sujet de cette affaire :
« 12 mai 1649. — Si nous étions en état de pouvoir se servir de la puissance pour venger l'injure faite à l'autorité royale, cette violence mériterait bien un châtiment exemplaire, mais on a jugé qu'il faut mesurer le remède à la condition de l'état de la province, et ne pas se servir de toute la sévérité que désirerait ce crime, crainte que voulant beaucoup entreprendre, l'on excitât une seconde émotion qui serait plus dangereuse que la première, et que révénement en serait douteux... C'est le sentiment de MM. du conseil, qui ont suivi la pensée de MM. des finances,^ qui ont cru par cette voie assurer toutes les autres impositions de la province, qui sont augmentées du double depuis le règlement fait à Lyon, qui les avait fixées à 900,000 livres, joint que les dépenses des gens de guerre reviennent cette année à 1,000,000, je n'ose dire deux millions^ ainsi qu'on l'a avancé... »
Malgré la prudence dont on a usé, l'affaire du Dauphiné a eu du retentissement : à son exemple, le Languedoc a réclamé la liberté de fixer ce qu'il croira devoir donner au roi; on craint que la Provence, la Guienne et la Normandie ne veuillent imiter cet exemple. Nouvelles et anxieuses délibérations du conseil, nouvelle lettre plus explicite du chancelier :
« 30 mai. — Si ces mouvements eussent paru avant notre paix (d« Saint-Germain), ils eussent été sans remède, ce qui fait juger combien il est important de conserver Paris dans l'état où il est à présent; l'on n'a pas estimé à propos de demander aucun secours à la ville de Paris. La proposition serait infructueuse, et ne produirait qu'un refus qui donnerait sujet aux esprits mal affectionnés de faire beaucoup de discours et de semer des bruits dans le public, que l'on aurait peine d'étouffer... Il y a beaucop de dispositions dans les esprits à recevoir