‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 137 sur 503 · EXPÉDITION EN BOURGOGNE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION EN BOURGOGNE

le fils de Brousse! fut confirmé dans son gouvernement delà Bastille; le duc de Beaufort et le Coadjuteur furent déclarés innocents dans l'affaire du coup de fusil contre le carrosse de Gondé. On confia la place de prévôt des marchands au conseiller Le Fèvre, et la surintendance des finances au président de Maisons; Châteauneuf remplaça le chancelier Séguier, et dix-huit bourgeois choisis par le Parlement furent chargés de la surveillance des fonds pour les rentes de l'hôtel de ville.

Tranquille au sujet de Paris, la cour, en laissant le gouvernement au duc d'Orléans, lieutenant général du royaume, partit pour la Bourgogne, où l'arrestation des princes avait été un coup de foudre, et oii tout le monde était dans l'attente des événements. Si l'évêque de Châlon rassurait Mazarin en lui garantissant la fidélité de la province, à l'exception de Seurre; si l'énergique avocat général Millotet était attaché à son devoir et prêt à tout souffrir plutôt que de faiblir un seul instant, d'un autre côté, le premier président Bouchu « créature du prince par les bienfaits qu'il en avait reçus, ayant été élevé pat" «es bontés d'une condition médiocre à une place si auguste, » et l'intendant Machaut avaient fait armer et ap* provisionner le château de Dijon pour foudroyer la ville, qui semblait hostile au prince. L'armée surtout s'était montrée sensible au malheur du vainqueur de Bocroy : I Beaune, dans un banquet, les oificiers du régiment dtt marquis de Persan mêlèrent leur sang au vin, et jurèrent, en trempant dans le breuvage la pointe de leurs épées, de mourir pour défendre leur général. Au château de Dijon,, un des commandants, Comeau, refusait de recevoir une] garnison autre que celle que lui avait confiée le princed Saint-Micault se jetait dans Seurre avec les garnisons de!

Châlon, de Alàcon, et d'autres villes qu'il avait entraînées; Tavannes battait la campagne pour embaucher de nouveaux soldats au parti des princes *. La guerre civile allait désoler la malheureuse Bourgogne, qui était déjà aux abois, si on se souvient de l'enquête de M. Rossignol. Deux partis sont bien nettement dessinés : celui des princes, appelés les Principions ou Allions, et des royalistes, nommés en Bourgogne Frondeurs, contrairement au sens qu'on attachait généralement au mot dans toute la France. Un instant le parti de la cour, grâce aux elTorls de Millotet, paraît l'emporter: Verdun et Saint-Jean de Losne chassent la garnison que les amis des princes leur ont imposée ; Seurre essaye d'en faire autant. Les Chambres réunies défendent aux soldats de s'assembler; on empêche l'entrée de Turenne en Bourgogne, et par des garnisons fidèles on s'oppose à la jonction des rebelles de Bourgogne et de Champagne. Mais le 8 février le marquis de Tavannes, fidèle au roi, est défait au combat d'Arc-sur-Tille par son neveu le comte de Tavannes, lieutenant de Condé ; et, sans le zèle de Millotet, qui fit prendre les armes aux habitants de Dijon et môme aux ordres religieux, en leur représentant vivement le sort des villes abandonnées aux violences et aux exactions des gens de guerre, Dijon et le château se déclaraient pour le vainqueur. Celui-ci se vengea de son échec en détruisant le village de Longvic où se trouvaient les propriétés de son timide allié, le commandant du château.

1. Histoire du Parlement de Bourgogne., de Lacuisine, et surtout le» Mémoires de Millotet, manuscrit qui se trouvs à la Bibliothèque de Dijon, sous ce titre : Mémoire des choses qui se sont pasiées en Bourgogne depuis la détention de M. le Prince jusqu'à la conquête de la Franche-Comté, 1650-1668; Arch. imp. KK, 1071, lettre del'évêque de Cbàlon, etc.

Malheureusement la politique cauteleuse de Mazaiin vint compromettre ces heureux commencements; de» lettres qu'il adressa au président Bouchu et à son frère l'abbé de Cîteaux, répandues dans la province, vinrent décourager les royalistes. Comment en effet s'opposer aux amis de Gondé , lorsque Mazarin écrivait aux Bouchu : € qu'il était aussi bon serviteur de M. le prince qu'ils le pouvaient être eux-mêmes, qu'il n'avait nullement contribué à sa prison, qu'elle était un pur effet des volontés de la reine, auxquelles il s'était opposé autant que pouvait le permettre l'obéissance qu'il lui devait? » Qu'on juge de l'effet d'un pareil désaveu, d'une conduite aussi timide que déloyale I Bientôt les attentats contre les partisans du roi n'eurent plus de limites : ce n'étaient que pillages, incendies, exactions; le désordre arriva à tel point que la cour fut obligée d'envoyer pour gouverneur le duc de Vendôme, qui fit son entrée à Dijon le 16 février*.

1. Un document extrait des registres des délibérations des États de Bourgogne montre quelle était la sécurité dont jouissaient les personnes et les propriétés : « Avril 1650. Sur la requête de sœur Magdeleine Legoux de la Berchère, abbesse de Molaize, ordre de Citeaux, de François Petit, seigneur et prieur de Palleau, et Philippe Lebel, sieur d'Escuelles, les États les ont déboutés de la demande par eux faite que le pays les désintéressera de la perte qu'ils ont soufferte à cause du siège de Seurre, et ordonnant que très-humbles remontrances •eront faites au roi de ce que 300 soldats du régiment de Languedoc et autres se sont saisis des abbayes de Molaize, prieuré de Palleau et château d'Escuelles, où ils ont fait tous actes d'hostilité, pillé et saccagé tout ce qu'ils ont trouvé et même violé, et sera Sa Majesté suppliée de faire donner arrêt au corps, portant défense à toutes personnes d'acheter des meubles des soldats ou autres que ceux qui seront vendus par autorité de justice, et qu'il sera permis de reprendre les ornements d'église, meubles, bétail pris par les gens de guerre, en quelque lieu qu'on les puisse reconnaître, sans aucune restitution de prix. » Nota communiquée par M. Jeandet (de Verdun). Le rôle important que pendant cette période a joué cette petite ville, comme frontière entre la Bourgogne et la Franche-Comté, alors possession espagnole, et surtout comme adversaira de Seurre, donnera une grande valeur aux recherche»

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