CRUAUTÉS D'ÉPERNON
pays. Un garde-côte, sorte de hardi pirate, après avoir ravagé les côtes de Médoc et de la Saintonge, fut chargé par le duc de venir à Bordeaux avec huit vaisseaux, et de débarquer aux Chartrons pendant que d'Épernon s'emparerait du faubourg de Saint-Seurin ; en même temps, le commandant du Château-Trompette recevait ordre du duc de tirer sur la ville et d'y faire de nombreuses sorties : injonctions barbares qu'il accomplissait fidèlement, puisqu'on tira, le 9 septembre, plus de quatre mille coups de canon. Bordeaux, dans un certain rayon autour du château, n'offrait aux regards qu'un monceau de ruines. Les habitants fuyaient à l'autre extrémité de la ville, les maisons croulaient partout au bruit de l'artillerie ; l'église : des Jacobins fut renversée ainsi que le couvent de Sainte- Catherine.
Le désordre était épouvantable; une lettre de l'avocatgénéral de La Vie à Son Eminence confirme
« Ces brûlements, rasements, démolitions de maisons, dégradationi
des bois que commettent les gens d'Épernon , et le mal que le canon
du Cliàteau-Trompette fait dans la ville; le monde est si fort acharné
contre ce château, qu'à faute d'autres armes, ils voudraient essayer de
» le prendre avec les dents et les ongles. » Dans une autre lettre, c'est
. le môme sentiment encore plus éuergiquemeut traduit : « Nos peuples
,, mangeraient plutôt à belles dents ce méchant Château-Trompette que
\ de le rendre. •
I ., Si l'avocat-général de La Vie semble suspect, à titre de : parlementaire, quoique tout prouve que, dans un voyage à î Paris, Mazarin avait su le rattacher à ses intérêts, les lettres du maréchal Duplessis-Praslin, commissaire royal, trouveront plus de créance :
) « La rage de ceux de Bordeaux contre M. d'Épernon ne se peut concevoir... Je suis obligé de prendre les plus grandes précautions pour communiquer avec le duc d'Épernon, si je ne veux pas me déci>édite^