‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 144 sur 503 · TRISTE SITUATION DE LA GUIENNE · texte numérisé non relu

TRISTE SITUATION DE LA GUIENNE

dans l'esprit des Bordelais... Si on remet le château entre les mains de d'Épernon, il faut, disent les habitants, que le Parlement et le peuple quittent la ville. •

La correspondance de d'Épernon vient confirmer et justifier cette haine; dès les premiers mots, il ne songe qu'à irriter le minisire contre ses administrés et les dépeint sous les plus odieuses couleurs :

« Si l'on ne remet le Parlement et le peuple de Bordeaux dans leur devoir, cette compagnie établira une espèce de monarchie sur les sujets du Roi; elle avance cet ouvrage, car elle entreprend toutes choses... » Ailleurs il précise ces accusations : « Le Parlement a osé déclarer que pendant la minorité , l'autorité du Roi dort comme sa volonté. Si elles dormaient, en effet, cette injure doit les éveiller et les animer d'une juste colère pour tirer une punition exemplaire de cette insolence. » Partout se montre l'irritation la plus violente; il ne propose que voies de rigueurs, jamais d'accommodement, « il faut dompter la fiefté de Bordeaux, maintenir le château comme bride à cette ville. »

Les lettres de Duplessis-Praslin font aussi connaître au vrai la situation de la Guienne et de sa capitale. La durée de la guerre, la famine, la misère, l'arrivée des paysans, qui cherchaient dans la ville un refuge contre les outrages et les dévastations, amenèrent à leur suite,

■ comme partout, les maladies contagieuses :

« Tout le pays bordelais, écrit le maréchal à Mazarin, le 17 octobre, est infecté de maladies, et ce ne sera pas peu si nous pouvons noua en garantir, tant le mal est général, surtout à Blaye... Le 4 novembre, mon frère, mon fils et tous mes gens sont malades... On ne perçoit aucun Impôt; le vin sort de tous côtés sans payer de droits... L'armée royale est aux abois et ne vit que de ses pillages; les chefs eux-mômes n'ont plus de ressources. » Du Pkgsis déclare « n'avoir rien reçu depuis deux ans, sa maison à Paris en est à l'aumône. » — « Quant à moi, Monseigneur, je suis réduit à la misère, et je serai contraint au premier jour de chercher quelqu'un en ce pays qui me veuille nourrir. »

Toutes les troupes étant occupées en Espagne, en Italie et en Flandre, la cour, malgré les .sollicitations pressantes

Page 1