‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 146 sur 503 · IMPORTANCE DE MONTROND · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE MONTROND

sidération de l'état où était le prince de Condè avec le roi ; qu'en un autre temps où Sa Majesté serait plus aulosisée, on rétablirait tout en son premier état. >

C'était donc au moment que Condé se croyait le plus fort qu'on l'avait jeté en prison, et cette puissance semblait s'être écroulée avec sa faveur. Lorsque tout paraissait désespéré, le secours lui vint d'où il l'attendait le moins : sa mère, la vieille princesse douairière de Condé, quitte Chantilly, apparaît dans le Parlement, et par ses flatteries, ses prières, ses larmes, obtient l'appui de ces magistrats tout-puissants. Pendant ce temps, l'épouse dédaignée jusqu'alors, Clémence de Maillé-Brezé, guidée par le conseiller au Parlement de Bourgogne, Lenet, ce serviteur dévoué du prince, prend la fuite et se retire ians le Berry, à Montrond, dont le château, dominant la ville de Saint- Amand et d'un difficile accès, pouvait être aisément défendu. Outre ses avantages naturels, la place était merveilleusement choisie, à cause de sa situation sur les confins du Berry, du Bourbonnais, du Nivernais, de la Marche et du Limousin. « C'était, dit Lenet, un lieu propre à tenir toutes ces provinces en échec, à faire perdre au roi les recettes de la taille et de la gabelle, et à en tirer de l'argent suffisamment pour faire subsister le parti qui se pouvait former, favoriser le passage par la Bour gngne et la Guienne, provinces en lesquelles la disposi lion des esprits et divers intérêts faisaient prévoir d grands orages. »

Un siège eût été une entreprise dispendieuse et incer-^ taine; la cour, occupée d'ailleurs à réunir des troupe sur la frontière de Picardie pour les opposer à l'archi duc Léopold et au vicomte de Turenne, y renonça. Ce pendant d'évidents préparatifs de défense se faisaient

DISPOSITIONS DE L\ NOBLESSE. m

M ont rond, où arrivait une partie des officiers et des soldats de Bellegarde; les autres allaient à Stenay ou vers les ducs de Bouillon et de Larochefoucauld, qui n'attendaient que le signal pour commencer la guerre civile.

La noblesse, plus nombreuse dans le Midi que dans le Noid, et plus éloignée de la cour, y avait mieux conservé sa puissance : en Limousin, la vicomte de Turenne comprenait plusieurs villes et quatre cents villages, habités par des paysans exercés aux armes chaque dimanche et pouvant fournir cinq mille bons soldats; en Périgord, le maréchal de La Force n'avait besoin que d'un peu d'argent pour lever six mille hommes de bonnes troupes, et peut-être entraîner le parti protestant, dont il avait été autrefois le chef. Deux mille gentilshommes s'étaient trouvés en Angoumois à l'enterrement du vieux duc de La Rochefoucauld, et avaient reconnu pour leur chef son fils, le prince de Marsillac, et, sous sa conduite, marché contre Saumur, où ils avaient été prévenus, il est vrai, par Guitaut, le nouveau gouverneur envoyé par Anne d'Autriche. En Poitou, La Trémoille pouvait offrir l'autorité de son nom et la place de Taillebourg; on espérait, en outre, le concours de Saint-Simon, gouverneur de Blaye, place importante par son voisinage de Bordeaux, et même celui de du Doignon, lieutenant d'Épernon, maître du Brouage et de La Rochelle, mais qui devait son élévation aux Maillé-Brezé. I

Lenet cependant était trop prudent pour se laisser ' prendre à cet étalage de forces : il savait que la noblesse avait peu d'argent et peu de crédit parce qu'elle payait rarement ses dettes; que, par conséquent, le désordre se mettrait bientôt dans cette armée sans magasins ni ressources sérieuses; que s'en procurer aux dépens du

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