‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 153 sur 503 · DÉSORDRES EN PICARDIE · texte numérisé non relu

DÉSORDRES EN PICARDIE

de leurs lignes. On essaya de jeter le trouble dans Paris par des propositions de paix faites au duc d'Orléans, qui alors gouvernait au nom. du roi, et par des placards, signés de Turenne, qui engageaient le peuple à se soulever contre Mazarin; mais, voyant toutes ces tentatives infructueuses, l'armée franco-espagnole se retira sur la Meuse et s'attacha au siège de Mouzon, dentelle ne s'empara que le 6 novembre.

Dès les premiers pas, les Espagnols, loin de recommencer les bons procédés de l'année 1649, agissent comme en pays ennemi : à Ribemont, que les armées royales de Duplessis-Praslin et de Rose ou Rosen-Worms venaient déjà de ravager, un parti de l'armée de l'archiduc vint prendre ce qui restait, même dans l'église Saint- Pierre, et là, dit un manuscrit inédit* :

« Ces pillards exercèrent des cruautés tyranniques sur plusieurs pauvres personnes qui y étaient retirées, croyant avoir trouvé un asile assuré par la sainteté du lieu ; ces inhumains,"ne connaissant aucune piété, déchargèrent leur cruauté môme sur une personne qui aurait imprimé la vénération aux plus barbares, tant par son âge décrépit que par le caractère dont son âme était enrichie. Ayant découvert dom Michel Delanier, mon compagnon religieux, caché sur les voûtes de réglise, ils le dépouillèrent de ses habits et le pendirent par-dessous les aisselles à une poutre, le fouettèrent outrageusement avec des étrivièrcs de chevaux, et après avoir exercé mille indignités sur son corps nu, l'abandonnèrent à demi-mort. Ce spectacle donnait de la compassion aux plus insensibles, qui retournèrent en ce lieu de désolation après la retraite de ces inhumains. Ce pauvre religieux ayant été relâché, ne trouva autre chose pour couvrir sa nudité qu'un vieil coutil de Ut puant et infect. »

1. Abrégé de l'histoire de la ville de Ribemont, manuscrit de 1C72, par domFarcy Baurin, religieux bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, prieur de l'abbaye royale de Saint-Nicolas des Prés sous Ribemont, natif de ladite ville. — Ce manuscrit est aujourd'hui dans les mains d'un habitant de Ribemont. Nous en avons eu communication par l'intermédiaire de MM. Bonjour, qui dirigent une importaule fabrique de celte ville. ,:M

CRUAUTÉS DES ESPAGNOLS. i91

On ne peut se figurer, sans lire les récits de l'époque, à quels raffinements de cruauté se portaient ces barbares. Près de Rozoy, un gentilhomme nommé d'Arbois, sur le point d'être pillé, compose avec les troupes d'Erlach pour une somme d'argent : au moment de l'exécution du traité, les soldats aperçoivent une fille assez belle; ils crient et disent qu'il n'y a point de composition si on ne leur donne cette personne. C'était la sœur de d'Arbois. Sur son refus, ils pillent la maison, le pendent et emmènent la pauvre fille... A Beauraont, ils poursuivent pendant deux jours une jeune fille, et, ne pouvant l'atteindre, la tuent de loin d'un coup de fusil; d'autres, après avoir assouvi leurs passions brutales sur toutes les filles ou femmes qu'ils rencontrent, s'amusent t à mettre de la poudre à canon dans la nature et y mettent ensuite le feu^ » Exécrable jeu que les soldats répètent à chaque instant : ces cruautés s'exercent en Picardie, en Champagne, dans le Maine, l'Anjou, la Normandie, et presque dans toutes nos provinces.

La résistance de Guise rendit un grand service à la France, en donnant à l'armée royale le temps d'arriver;

l. Mémoires de Mole; Lettre du sieur Cermier de Sipois {Mercier do Poissy, sous-principal au collège de Navarre) au duc d' Orléans , 32 pages ; Histoire de Laon, par M. Melleville ; Histoire de Chauny, par M. Melleville et par M. Capaumont ; Histoire du duché de Valois et du diocèse de Laon, par le P. Lelong j Histoire de l'église de Meaux, par Toussaint-Duplessis; Histoire du Vermandois, par CoUiette. Les documents extraits de manuscrits inédits entrent dans plus de détails que tous ces ouvrages : celui de Macheret, curé de Langres (1628-1658), relate les mômes faits que Lehault; seulement l'honnête prêtre n'a osé s'exprimer dans ce passage qu'en latin : « Nempe quod mulierum vulvas, post violentam oppressionem, aperientes, easque tormentario pulvere adimplentes, et, adhibito igné, tali supplicio de medio sustulerunt, alias vero tamdiu alteruis oppresseruut ut intcr impuros uorura aœplcxus aniniam evoniere. »

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