ENQUÊTE EN PICARDIE
ayant plus do liberté dans le bourg ni en la campagne, tout le commerce est cessé, et n'y a plus de trafic, soit denrées ou autres marchandises, depuis l'entrée des ennemis en France. Et combien qu'au dit Montcornet il y ait eu autrefois jusqu'à quarante taverniers, il n'y en a pa» un depuis la paix... Il n'est plus homme pour labourer, point de chevaux ni autre bétail pour fournir au labourage, de sorte que le pays est menacé d'une famine cruelle. »
Dépositions analogues pour tous les environs de la Fère :
« A Saint-Gobain, les habitants s'étaient enfuis dans la forêt, sous les profondeurs de laquelle l'ennemi les suivit, les trouva et les dépouilla; avec ce qui leur restait de meubles, de bestiaux et de vivres, ils s'enfoncèrent dans les carrières et lieux souterrains, dans lesquels ils ont séjourné trois mois pleins, en grande pauvreté et nécessité.... A Mayot, les soldats brûlent soixante-dix maisons sur cent, et démolissent les autres pour se faire des huttes ; il reste une vingtaine d'individus qui ne savent comment vivre; la plupart des habitants de Versigny ont péri de faim dans la forêt de Montccau-les-Leups, n'osant en sortir de peur de tomber aux mains des coureurs qui tenaient la lisière des bois et massacraient tous ceux qu'ils rencontraient. Tout Juvincourt brûle, pa» une maison n'échappe au désastre. Les grains en vert et les moissons en grange sont saccagées, gâtées, dit le chevalier de Bezannes, seigneur de Prouvais; « dans toute l'étendue du plat pays, les troupes ont vécu fort licencieusement, les soldats et les cavaliers faisant la moisson des grains au temps de l'août et les vendant publiquement dans les ville» et les maisons fortes. Et comme tous ces désordres se faisaient dans la confusion, la plupart des grains demeuraient mal battus sur les champs et périssaient tant par la pluie qu'autrement. En sorte que si les soldats en vendaient un setier, ils en perdaient trois dont le peuple ne pouvait être nourri ni sustenté. Le long de la rivière d'Aisne, il y avait un vignoble florissant et sur lequel les enquêtes de 1651 et de 1636 donnent de très-curieux et très-neufs renseignements ; les soldats, amis aussi bien qu'ennemis, coupent beaucoup de vignes par le pied ; les désastres furent tels qu'à Roucy, où l'on avait coutume de récolter environ dix mille pièces de vin, « on n'en a pas récolté une seule, ce qui a réduit les pauvres vignerons à l'extrême misère de maudire leur vie. » Quantité d'habitants s'éloignent et s'en vont demeurer au Pala tiiiat. M
La Champagne n'est pas mieux traitée que la Picardie! nous nous contenterons de donner des extraits d'un mal