‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 160 sur 503 · L'ARMEE ET LE PEUPLE EN PRÉSENCE · texte numérisé non relu

L'ARMEE ET LE PEUPLE EN PRÉSENCE

sence, chacun prêt à profiter de la moindre négligence de l'adversaire.

« Quand l'armée campée à Reims faisait des mouvements dans la ville, les bourgeois étaient en haie dans les rues par où ils passaient : ce fut une chose assez singulière que, pendant tout le temps que les troupes furent dans Reims, dix mille soldats obéirent aux habitants. On les voyait dans leurs tentes, au milieu des rues et des grandes places, couchés sur la litière, leurs chevaux au piquet et à l'injure du temps, ayant toute sorte de provisions en abondance, et formant une espèce de seconds citoyens qui n'étaient point à charge aux anciens : les uns et les autres avaient leurs fonctions que chacun remplissait sans bruit ; la porte de Vesle était toujours ouverte; on ne fermait la barrière que durant la nuit. Cent cinquante ou deux cents bourgeois la gardaient; on n'en laissait que quatre-vingts pendant le jour, et la herse avait en l'un et Tautre temps un nombre de personnes surveillantes, afin qu'en "cas d'irruption on fiit toujours maître de l'abaisser. On resta ainsi jusqu'au 20 septembre. Rose sortit le 22; en partant, Praslin demanda une somme d'argent considérable, et comme on la lui refusa, ses troupes ravagèrent les vignes dans la plaine des Moineaux et deSacy ; le faubourg de la porte de Cérès était entièrement ruiné, il n'y restait pas une seule maison habitable : on n'y avait laissé que les gros murs et la couverture. »

Une si grande affluence de monde, bourgeois, soldats, paysans, augmenta beaucoup la consommation de la ville. A la fin de septembre, les denrées étaient d'une cherté excessive, et la misère amena des fièvres qui emportèrent beaucoup de monde dans la ville et plus encore dans la campagne. Ajoutez, comme dernier trait à ce triste tableau, l'enlèvement continuel, par les coureurs du Réthel, de tous ceux qui osaient s'aventurer en dehors des murs de la ville : le 12 décembre, par exemple, on enlevait près de Vitry l'intendant de justice et un commissaire des vivres qui faisait avancer un petit convoi La prise fut estimée 30,000 livres.

Cette conduite des troupes françaises à l'égard des mo-

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