DE SAIN/ VINCENT DE PAUL. Î
charité. Son avertissement n'est pas compris : le spectacle d'un si effroyable malheur ne peut vaincre l'égoisme de la cour et des grands, appeler les réformes sur une législation empreinte d'une si odieuse inégalité; en vain quelques âmes d'élite, des corporations môme, telles que magistrature, corps médical et confréries rivalisent d'efforts avec saint Vincent de Paul pour chercher à ranimer ce grand corps social dont la vie n'était plus qu'apparente, ils ne peuvent que le galvaniser. Une société qui ne veut pas introduire la justice dans la loi, assurer à chacun une part de ce que Dieu a donné pour tous, est une société dont la vie se retire, une société condamnée à périr : un siècle et demi à peine sépare la Fronde de 17891
Si l'Église catholique a donné à Vincent place dans ce
patriciat qu'elle appelle les Saints, l'humanité entière le
compte, avec raison, au premier rang de ceux qui mé-
I rilent la reconnaissance et la vénération de leurs sem-
; blables. Vincent est plus que le grand homme d'un pays,
1 c'est l'apôtre d'une cause qui intéresse l'humanité dans
ce qu'elle a de plus intime, de plus touchant et de plus
redoutable, la cause des pauvres ; rarement l'histoire aura
à inscrire des titres de gloire plus pure. Pour l'exemple de
notre temps, pour l'honneur de la conscience humaine,
arrêtons -nous un peu à considérer ce spectacle d'un
homme qui s'élève au-dessus de son siècle par ses seules
vertus, et mérite ainsi d'être choisi par tous comme le
« ministre de la charité nationale, » dit heureusement
M. H. Martin. Fatigués par ces récits de cruauté des gens
de guerre, découragés par cette insouciance des chefs lé-
I gitimes, indignés par cette avidité des financiers qui ont
produit la misère publique, retrempons-nous devant le
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désintéressement plein d'abnégation, le souci persévérant du soulagement de tous, la sensibilité vraie qui ont valu à ce paysan des Landes l'honneur insigne d'être à la têle de toute l'œuvre charitable du dix-septième siècle, d'en rassembler sous sa main tous les ouvriers.
Nous allons contempler un spectacle semblable à celui que MM. Ozanam, de Montalembert et surtout Amédéc Thierry nous ont montré à la fin du cinquième siècle, à la veille de la chute du monde romain dans la personne de saint Séverin, l'apôtre du Norique. Seulement, le théâtre s'agrandit : au lieu de deux petites provinces éloignées, c'est un royaume entier; de grandes armées dévastatrices ont remplacé les petites tribus barbares ; ce ne sont plus quelques moines des monastères deFavianeset de Passau, ce sont des ordres religieux en grand nombre qui rivalisent de docilité et de zèle pour obéir à des ordres émanés d'une humble cellule. Mais aussi l'impuissance qu'on remarquait dans l'œuvre de saint Séverin éclate encore plus visible dans celle de saint Vincent de Paul; tout son dévouement ne sert qu'à mieux prouver l'intensité et l'étendue du mal qui, comme un torrent irrésistible, entraîne les digues qu'on lui oppose.
Pendant les longues et terribles guerres de religion, le catholicisme français était tombé dans la plus déplorable situation morale qu'on puisse imaginer : cette période de trouble et d'agitation n'avait amené à sa suite que fanatisme, ignorance et grossièreté. Les pasteurs ne valaient pas mieux que le troupeau : mille abus, grâce à la licence des temps, s'étaient introduits dans les cou-j vents; il n'y avait plus de discipline, les désordres les] plus honteux semblaient la règle, la vie de beaucouj de monastères. Depuis qu'elle ne pouvait plus lancei
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des invectives intolérantes ou sanguinaires, la chaire était muette. Si l'on en excepte quelques hommes qui, comme de Besse, Valladier, les PP. Cotton et Coëffeteau et surtout Fenoillet, avaient conservé les traditions de l'éloquence sacrée, la parole évangélique ne gardait plus aucune réserve, aucune dignité. A moins d'une réforme sérieuse, d'une Renaissance religieuse^ le catholicisme semblait condamné à perdre les avantages d'une vicloii'e si chèrement achetée.
Comment retrouver les mœurs, les lumières, la charité qui lui manquaient? Un triple mouvement se fait remarquer à la fois dans le christianisme; il répond à ce triple besoin, comme l'a justement remarqué M. Rocseeuw Saint-Hilaire. Il éclate de tous cotés, tant la lutte a retrempé les cœurs et les esprits amollis par une longue possession d'influence et d'autorité 1 des ouvriers nombreux étaient là, prêts à se mettre à l'ouvrage, n'attendant que des chefs pour les conduire.
L'esprit régénérateur se manifesta d'abord par un élan de mysticisme avec saint François de Sales, l'auteur de l'Introduction à la vie dévote, ce livre plein de tendresse et de passion, composé pour une dame de Paris, madame de Cliarmoisy, cachée sous le nom de Philothée. Le but de l'auteur était de ramener la dévotion dans le monde. C'était une sorte d'Imitation pour les mondains. Le Traité de l'amour de Dieu compléta cette œuvre de la direction des âmes. Le mariage mystique avec madame de Chantai produisit la Congrégation de la Visitation^ asile ouvert par l'évêque de Genève aux faibles et aux délicates, aux âmes aimantes qu'on repoussait des autres ordres. Ami de madame Acarie, (sœur Marie de l'Incarnation), réformatiice ae» Carmélites: et de la mère Angélique