DES PROVINCES FRONTIÈRES
gouverneur des Pays-Bas, guidée par le redouté Jean do Werth et Piccolomini avec leur cavalerie légère de Polonais, Croates et Hongrois (seize à dix-huit mille chevaux, douze à quinze mille fantassins, trente pièces d'artillerie), pénètre en France par la Thiérache, où le comte de Soissons n'avait à leur opposer que sept à huit mille hommes. En peu de temps, ils prennent La Gapelle, le Catelet, Vervins, pillent et ravagent la Thiérache et tout le pays compris entre l'Oise et la Serre. Ces cavaliers étaient en effet le plus redoutable ennemi d'un pays : vrais aventuriers enrôlés sans solde, n'étant pourvus d'aucunes provisions, vivant des chances du hasard, de la maraude, du pillage; la guerre cruelle sans pitié ni merci est la seule qu'ils connaissent. Leurs longues luttes contre les Turcs les ont habitués à la férocité : ce sont eux qui ont inventé l'étrange bonnet à poil qui, de loin, les fait ressembler à des ours; tous les costumes de guerre, tous les déguisements de fourrure qui rappellent la bête fauve et par lesquels les hommes essayent de faire peur à d'autres hommes, ces bandits les ont trouvés et mis en usage *.
k L'effroi fut terrible en effet, si nous en jugeons par le ^cit d'un témoin oculaire, M. Hermant : t Quelques-uns es plus qualifiés de la noblesse des environs et des ecclésiastiques, se croyant perdus sans ressource, cherchent leur sûreté dans la protection de l'ennemi, entre autres Henri-Marc Gouffîer, marquis de Bonnivet, descendant de l'amiral, et le curé de Liancourt, près Roye. Le corps de ville demande au chapitre et à tous les prêtres de* Beauvais i" d'aller en garde tant de nuit que de jour;