‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 211 sur 503 · ÎG2 MISÈRE DU BERRI · texte numérisé non relu

ÎG2 MISÈRE DU BERRI

tentatives de La Rochefoucauld, qui s'était môme avanct jusqu'à Lusignan; mais le maréchal de La Meilleray< l'avait obligé à la retraite. C'était pour la cour une coq quête importante ; au centre du royaume, cette provinct serait devenue redoutable entre les mains de la faction Le Berri avait aussi sa part des malheurs publics : lei troupes royales s'avancèrent de tous côtés en se livran au pillage autant par nécessité que par habitude. Li gouverneur, Saint-Aignan, avait en outre formé un régi ment de trente compagnies, qui, disséminé dans les pa roisses, vivait à leurs dépens; les habitants de Bourge; se plaignaient en vain : le gouverneur faisait de belle promesses, mais les désordres continuaient toujours. Di son côté, la garnison frondeuse de Montrond Saint-Amant multipliait ses courses dans un rayon assez éloigné, e allait même jusqu'aux portes de Moulins, ainsi que 1 prouve une lettre de M. de Saint-Géran, gouverneur di Bourbonnais, au ministre Letellier^ Le Bourbonnais soûl frit tellement que le souvenir en est resté dans la mé moire rancunière des paysans, qui se sont transmis li durable impression de ces souffrances par la tradition seule histoire qu'ils connaissent encore. C'est aux dévasta tions des Polonais qu'on rapporte toutes les ruines qu'oi rencontre dans le Bourbonnais, et dont la mention si

4. Archives du dépôt de la guerre, lettre du 14 septembre 1650. - Raynal, Histoire du Berri. Pour l'épisode des Polaques, voir le Cabine Idstorique de M. L. Paris, lettre de M. Meilheurat (mai et juin 18C0),e notre réponse (novembre 1860). On trouve dans le même recueil un anecdote curieuse qui fait connaître les habitudes de Saint-Géran : « C maréchal étant en son lit de mort fit son testament, dans lequel il ot donnait plusieurs restitutions. Une infinité de gens à qui il avait ôtél bien, ayant appris les bonnes dispositions du maréchal, vinrent le trouve pour avoir aussi leur part en ces restitutions. Mais Saint-Géran, voyan que pour restituer à tant de personnes son bien n'y pourrait suffire, dé chira son testament et mourut sans avoir restitué à qui que ce soit.

DU BOURBOiNNAIS. 2o3

Olive naïvement racontée dans les Registres parois-

lUX du Donjon. (Voir l'Appendice du chapitre XI, p. 5S3.)

Le 1er février 1650, il passa par le Donjon environ 2,000 cavars que l'on dit être l'une des armées de M. le prince, qui avaient ,ssé à Vichy et sont allés vers Bellegarde, conduits par M. de Coll- Liiy. M. le gouverneur et M. de La Ferté ont fait battre le tocsin partout pour empêcher les autres... Les habitants du Donjon et des paroisses depuis Vichy jusques à Digoin ont été commandés à prendre les armes et à se défendre et empêcher que les gens de guerre do M. le 1 rince qui venaient par l'Auvergne ne puissent passer par le Bourbonnais pour aller à Bellegarde. Suivant ce commandement, les habitants ont fait de fortes barricades, se sont bien armés, faits de bons corps de garde et veillé jour et nuit, tellement que nos ennemis s'en sont retournés , et peu de temps après les habitants , fracti bello faits que répulsif ont abattu leurs barrières, quitté leurs corps de garde et retourné leurs armes au râtelier trop tôt, car le 16 mars 1650 sont arrivés au Donjon trois compagnies do cavalerie, qu'il faut nommer tyrans cruels et diables, lesquelles ont demeuré sept jours au Donjon et y ont fait les plus grandes extorsions, rançons et excès que personne ait connu ni oui dire. On dit que c'est M. le gouverneur et M. de Gaumin, intendant à Moulins, qui nous ont envoyé ce déluge, afin de contraindre le pauvre peuple de payer toutes les tailles encourues depuis 1G^|7, 1648, 1649. »

Un arrêté du Conseil du 16 août 1650 nous montre l'Auvergne pleine d'agitations : de tous côlés,des assemblées illicites où on enrôle secrètement des soldats ; pour réprimer ces mauvaises dispositions, la cour permet au comte de Noailles, lieutenant général en la province» de lever un régiment de cavalerie et un d'infanterie, qui, comme toujours, vivront aux dépens du pays, et pour la levée desquels la province doit fournir une somme de 40,000 livres \

Si nous nous rapprochons de la Guienne et de la Provence, ces deux théâtres d'une guerre acharnée et sans

1. Registre du conseil d'État E169C, f« 98. — Ms., Aich. imp.

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