‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 229 sur 503 · RUPTURE · texte numérisé non relu

RUPTURE

premier président, ne fût venu délivrer le Coadjuteur < moment même qu' un des spadassins à gages de Condé s' vançait un poignard à la main. A l'occasion de ce guc apens, ce fut encore dans la salle une nouvelle scène ( violences^, d'invectives entre La Rochefoucauld, le Coadji leur et son ami le duc de Brissac. Les présidents se jetèrei entre les deux partis, suppliant l'un « par le sang de saii Louis de ne pas souffrir que le temple, où ce saint roi ava établi le Parlement pour la conservation de la paix et ( la justice, fût ensanglanté, » et l'autre < par son saci épiscopal à ne pas contribuer au massacre du peuple qi Dieu leur avait commis. »

La ville fut épouvantée de cette scène et des suit( qu'elle aurait inévitablement amenées; comme le disa M. le Prince : « Paris a failli être brûlé : quel feu de JO] pour le Mazarin; et ce sont ses deux ennemis capitau qui ont été sur le point de l'allumer I » La reine, qi voyait que cette division des chefs ramènerait sûremer Mozarin, ne voulut écouter aucun des avertissements d duc d'Orléans et de Mole ; ce fut à la dernière exlrémil qu'elle défendit à Gondy de retourner au Parlemem Condé triomphait encore : il exigea une déclaralion qi reconnut calomnieuses toutes les accusations portée contre lui, ou un jugement, s'il était reconnu coupable La reine ne pouvait s'y déterminer; Condé menaçait d partir pour le Berri, où se trouvait déjà la princesse ai milieu de ses amis, prêts à la guerre civ^ile. Mazarin alor décida la reine à se rendre au désir du prince. « Donnez écrivit-il, toutes les déclarations d'innocence qu'il vou dra : tout est bon, pourvu que vous l'amusiez et l'empô chiez de prendre son essor. » La déclaration fut octroyéi par la reine; et le Parlement profita de l'occasion pou

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|re renouveler une nouvelle déclaration contre le car

|nal Mazarin (5 septembre).

iJDeux jours après, le roi avait treize ans et un jour, et, l'ordonnance de Charles V, devenait majeur et capable gouverner; le Parlement, t garni de pairs, » était au

and complet, sauf le prince de Condé qui, dans une tre, motivait son absence sur les calomnies de ses enmis. L'enregistrement de sa justification, dans cette ûce, ôtait tout prétexte à cet acte d'insubordination, is le moindre mécontentement, un changement dans le istère suffisait à Condé. La reine, en effet, avait rapé à la tête du conseil Châteauneuf, rendu la surintenice à La Neuville qui, en échange, avait envoyé à zarin dans la détresse, une grosse somme d'argent; in Mole, qui conservait en môme temps la présidence Parlement, avait repris les sceaux.

le changement de ministère ôtait à Condé toute espèce d'imposer lesconditions d'une réconciliation; aussi, s un conseil tenu à Chantilly avec ses principaux al- Conti et les ducs de Nemours et de La Rochefou- Id, il consentit à partir pour le Berri. L'historien partial qui examine la conduite du prince de Condé se forcément contre lui un acte d'accusation : sous e de mentir à sa conscience et à la vérité, il doit déer que Condé s'engageait dans la guerre civile, faisait

1 i ses efforts pour y entraîner la France, seulement

I ;e qu'il ne pouvait supporter une autorité au-dessus

i( a sienne; il voulait être le premier du royaume, dis- ! îr à son gré pour ses amis et ses créatures des hon-

;i rs, des dignités, des places fortes, des gouvernements.

J 5s conditions, il eût consenti à laisser Mazarin, Orléans,

<( letz ou tout autre, gouverner ce pays, pour l'admi-

m EFFORTS IMPUISSANTS

nistration duquel il ne se sentait ni la moindre inclir lion ni la moindre capacité. (Octobre 1651.)

Avant de nous engager dans celte nouvelle guerre vile, sondons encore une fois l'abîme de misères où cli que pas nous fait descendre plus profondément. Si s'en souvient, l'enquête de 1650 était terrible : partout dénûment le plus complet, la maladie, la faim, la misèi en un mot, sous ses plus hideux aspects; le seul sccoi est celui qu'apportent, dans ces lieux désolés, les soii les aumônes des Pères delà Mission. L'ordonnance roy; que nous avons citée plus haut en reconnaissant Vinc( de Paul pour le chef de celte assistance publique, e nous l'avons remarqué, plutôt un aveu de la faiblesse de l'impuissance royale qu'une organisation régulièi pas plus après qu'avant l'ordonnance, les pauvres in sionnaires n'eurent pouvoir de secourir tranquiilemi ces provinces. Aussi tous leurs efforts ne purent abou qu'à adoucir les souffrances, à préserver de la mort petit nombre de ces malheureux; l'activité charitable ( se fait remarquer dans la correspondance du fondate de la mission, les récits déchirants des Relations, tout prouvant le zèle, montrent en même temps combien admirable dévouement produisait peu, en présence d' mal qu'il n'était donné à aucune force humaine de pc voir arrêter; leur mérite, c'est d'avoir espéré contre toi espérance.

Le 8 mars, Vincent écrivait à M. Coglée, un de prêtres alors à Sedan : e Je ne croyais pas tarder si loi temps à vous envoyer le prêtre dont vous avez besoin ; cause de ce retardement est la désolation de ces frontié de Picardie et de Champagne où nous avons seize ou d huit personnes qui travaillent au soulagement des pi

DES MlSSIONiNAIRES DE VINCENT DE PAUL. 291

et particulièrement le prêtre que nous vous avions >[iné, et il faudra les y laisser jusqu'à ce que la saison

Mcie modère les misères de ce pays-là Tâchez de

faire, par ces raisons, dispenser du synode ; priez le

1 vicaire de Reims d'avoir pour agréable que vous

iiuiez vos assistances à la paroisse, à cause du sur-

Je peuples et de malades réfugiés, qui font qu'à

le petit nombre de prêtres que vous êtes peut

iwc. »

Malgré le feu de charité qui leur faisait faire des proges, se multiplier à l'infini, que pouvaient faire ces ize ou dix-huit hommes contre des maux infinis aussi sans cesse renaissants? Dans les villes et les villages, iijours même misère, des troupes royalistes ou fronuses, aussi redoutées les unes que les autres; à Marie, us les voyons se chauffer avec les maisons des fauurgs qu'ils démolissent

|( De sorte que des 250 maisons qui existaient à leur arrivée, il y en plus de 100 entièrement démolies et ruinées, atec 100 auxquelles il it demeuré fort peu de chose, et le reste plus de moitié gâté, outre il y a eu aux faubourgs plus de 200 corps de bâtiments, soit Inges, étables et autres, qui ont été démolis entièrement, soit pour re les huttes du camp, soit pour brûler, ce qui a fait qu'ils ont été liges de mettre quantité de chevaux dans les églises Saint-Martin et Int-Nicolas, et jusqu'au coin des autels. II y a eu aussi 20 maison» lis l'enclos de la ville qui ont été démolies et ruinées, de sorte que la Ite totale se monte à plus de 150,000 livres. » Aprc's la destruction [ait le pillage, organisé en bandes u d'environ 1,500 hommes de [rre, tant de pied que de cheval, qui étaient le plus souvent conduits les officiers, les tambours battant... , au moyen de quoi il ne s'en aucun labourage à cinq ou six lieues des environs de Marie. Et ?e, les principaux officiers ont exigé grandes sommes des habitants |r se rédimer du pillage; » puis les visites domiciliaires, BOUS prèle de se procurer du blé dont « ils prenaient le peu qui restait ou betaient à presque moitié, à perte de la juste valeur, et volaient puuemcnt aux marchands» bière, viande, fromage, œufs, beurre, fruits

Î9i MISERE DE LA PICARDIE

et aulres choses qu'ils trouvaient, en présence de leurs officiers, qu faisaient qu'en rire. » Le produit de ces vols était bientôt consommi orgies qui n'étaient encore pour les habitants qu'une nouvelle occai souffrance ou de perte, « les officiers et soldats s'amusant journc ment à rompre la nuit les meubles, vitres et autres choses des mais des habitants, qu'ils menaçaient en outre de piller comme Mazarins

Le maire de Marie, Duflos, réclamait-il contre ces i ces, un capitaine le frappait de deux coups de canne, Etienne Parent était en danger de périr des coups d'é] donnés par le lieutenant Montai, que nous retrouven bientôt à Sainte-Menehould et à Réthel. Les villages S( encore plus malheureux : pillage , viols, prise des b tiaux, habitants laissés nus en chemise, hommi femmes, enfants, par toute saison. Ecoutons pour Rii mont le récit de notre bénédictin, dom Furcy Baurin

« En 18 jours de séjour l'armée royale ruine tant les blés que la p rie, toutes les maisons des faubourgs, une partie de celles de la villi presque tous les lieux réguliers , les chaises du chœur et les vitre; Téglise de l'abbaye, partie pour en composer les camps, le reste ré< en cendres par la malice des soldats. La campagne était occupée eux et en faisaient leur propre; le vol était tout commun, passant p des actions généreuses et pour des avantages de la petite guerre, violences et les meurtres sans supplice, enfin ce lieu était abando de ses habitants, afin d'éviter les insolences et les cruautés des gens guerre, et c'était pour lors que Riberaont avait sujet de pleurer, malheur n'ayant jamais expérimenté tels désordres. »

Les manuscrits de Champagne sont remplis de réc aussi tristes; ils donnent des détails assez curieux sur maladie que la science actuelle de la médecine pourr contrôler peut-être.

« La mortalité ne diminue pas. On observa qu'il périssait beauct plus de personnes depuis 35 jusqu'à 50 ans, que d'un autre âge. La i ladie commençait par de grands maux de tête, accompagnés de flux ventre et de fièvre ; elle se faisait ressentir plus communément dans quartiers où l'armée avait campé. Aussi mourut-on beaucoup plus i

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