‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 250 sur 503 · AU RETOUR DE MAZARIN · texte numérisé non relu

AU RETOUR DE MAZARIN

tier des halles, le sieur Desmartins, soupçonné d'avoir • fait parvenir au Mazarin de l'argent caché dans une charrette à ordures. Émoi du corps des négociants au sujet de cette enquête inquisiloriale, etc'.»

La nouvelle répandue par le duc d'Orléans et qui avait

causé un tel émoi était vraie, et, d'après les conseils de

' Fabert, Mazarin avait levé une petite armées La révolte

1. Nous ne pouvons que renouveler notre souhait de voir la publication prochaine de ce journal, si important pour la physionomie de Paris pendant la Fronde. Fabert confirme une partie de ces bruits dans sa curieuse Correspondance : « MM. de Bouillon et de Turenne, qui n'ont jimais paru grands chasseurs, ont fait la Saint-Hubert avec M. d'Orléans il Limours, et depuis ont toujours été avec le fils de M. le premier présiili ut, àChamplàtreux. On parle entre eux d'un tiers parti... » M. d'Orléans apprenant que Fabert voulait recevoir le cardinal, menace de faire raser la maison que possède à Paris le gouverneur de Sedan. KK, 1072.

2. C'est dans les lettres de Fabert qu'il faudrait aller chercher bien des faits inexpliqués de la Fronde, que la nature de notre travail ne nous

•permet pas d'aborder : les services qu'il avait rendus à Mazarin, la loyauté bien connue de son caractère lui donnaient le doit de tout dire. Voici, au sujet du retour du cardinal, des passages curieux d'une lettre chitîrée qui se trouve aux Archives : « 25 octobre. — M. le maréchal de La Ferté se rendra partout où vous lui commanderee pour avoir l'honneur de vous voir... Votre Eminence peut être sûrement à Rocroy, M. de Monlaigut étant homme plein d'honneur... Pour vous parler de mon métier, j'estimerais beaucoup de vous voir à la tête d'un corps assez considérable pour agir de soi-même. Le licenciement des troupes de Brande» .bourg et de Neubourg vous donne le moyen d'avoir de très-bona hommes avec peu d'argent. L'on en pourrait trouver encore vers Franc- Tort et Mayence, à quoi joignant ce que vous désirez faire l'hiver en nce, et marchant avec tout au secours du roi, serait, à mon avis, une belle suite de tant de belles choses faites par vous pour son service. -fia mettrait M. le prince à son devoir ou du moins ferait que les troupe» iu roi étant libres pour s'opposer aux Espagnols, ils tireraient peu d'avantages de nos divisions, ce qui pourrait les porter à la paix. Cette iépense dont avec justice vous seriez remboursé, garantirait l'Etat et fous rétablirait en toute autorité... Il est à croire que les peuples que rous auriez obligés ne voudraient pas troubler le repos que vous leur luriez procuré en s'opposant à votre retour à la cour... Si Votre Eminence se veut avancer à Sedan, il sera à propos de le savoir de bonne ueure, afin de faire les provisions nécessaires, autrement il y aura le la peine à les réunir et elles coûteraient beaucoup. » Fabert revient i^lusieiirs reprises sur cette armée^ surtout dans une lettre du 19 no*

318 NËGOCUTIONS DE MAZARIN

de Condê avait é!é pour la cour un heureux prétexte de rappeler l'exilé; le 17 novembre, Louis XIV lui envoyait l'autorisation « de venir au secours du roi. » A cette nouvelle, le Parlement rendit un arrêt contre l'ancien ministre, et des conseillers furent envoyés en Champagne et en Picardie pour signifier aux chefs d'armée et aux gouverneurs des places de ne point livrer passage à Mazarin ni à ses troupes. Mais les foudres impuissants du Parlement ne pouvaient arrêter le cardinal : le 24 décembre, sa petite armée de 6,000 hommes, l'écharpe verte au vent, entrait en France et était parfaitement reçue à Sedan par Fabert.

De Sedan, Mazarin ne trouvait plus devant lui que des gouverneurs et des chefs d'armée qui étaient ses créatures, et dont quatre avaient été faits par lui maréchaux de France. Déjà des pourparlers sérieux étaient engagés avec d'autres chefs militaires du premier mérite. La correspondance de Mazarin et de l'abbé Fouquet nous donne à ce sujet les plus précieux détails sur les relations du cardinal avec Turenne, dès le lendemain môme de son entrée en France, le 26 décembre :

« Pour M. de Turenne , il sait Testime et la tendresse que j'ai eue pour lui... Je suis toujours le mCme, nonobstant tout ce qui s'est passé, raffection que j'avais pour lui ayant jeté de trop profondes racines pour pouvoir être arrachée par de semblables accidents. J'ai écrit déjà fortement à la cour pour qu'on trouve moyen de ne pas laisser inutile un homme de sa copsidération, et j'espère qu'il sera satisfait sur ce pointlà... Il est injuste de se plaindre de ce que j'ai préféré d'autres à lui pour le commandement des troupes qui m'accompagnent; \\ peut bien croire que j'aurais tenu à beaucoup d'honneur et d'avantage qu'il eût voulu venir, ainsi que je l'en aurais conjuré, si j'avais cru qu'il en eût eu la moindre pensée. J'ai cru que ce serait imprudence de m'adresser pour une affaire de cette nature à une personne avec qui je n'avais encore aucune liaison. Du reste, il voit rétat où je suis; si ma fortune devient meilleure, j'ose répondre qu'il s'en ressentira, étant résolu de

Page 1