PENDANT LA FRONDE
I tôt ce ne fut plus un individu, ce fut la Faculté de Paris entière qui se dévoua au service de la misère et de la jsouffrance. Le 13 mai 1644, « sur la requête présentée au (Parlement par le doyen et les docteurs de la Faculté de [médecine de Paris, la cour du Parlement, ayant égard à la jirequôte, ordonne que, suivant le projet de la Faculté, [trois docteurs des anciens et trois de la jeunesse se trouveront aux écoles de la Faculté à dix heures du matin, les mercredis et samedis de chaque semaine, et là, étant avec le doyen et plusieurs autres docteurs qui s'y rendent ordinairement, ils visiteront les malades et ordonneront les remèdes, après avoir conféré ensemble, si besoin est, et fourniront les remèdes gratuitement, aux dépens de la ^acuité, jusqu'à ce que, par la libéralité des gens de bien et de condition, la Faculté puisse ménager quelque fonds plus grand pour les pauvres et pour les malades qui ont besoin d'opération manuelle K » En 1650, et probablement à cause des besoins sanitaires de la ville, Guy-Patin ibolit les repas de corporation que récipiendiaire et docteurs avaient coutume de faire au sortir des thèses : le .emps des réjouissances était passé; il n'y avait plus place jue pour le dévouement dans ces jours de désolation ît de misère, comme le comprit bien l'âme chagrine nais patriotique du savant doyen. Cette année 1650 fut si uneste, que le docteur anglais Edward Bascome la cite )armi les plus meurtrières dans son Histoire des pestes et ies épidémies *.
« L'hiver de 1050 fut rigoureux, le printemps froid et liumide. Cette 'àclieuse influence se manifesta en France sous la forme de fièvre in-
1. Ordonnance de police, coll. Lamoignon,t. XII. Arch. de la préfecure de police de la Seine.
\ i. Loiidou, 1851. Texte anglais.
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flammatoire. Celte épidémie, d'un caractère redoutable, appelée /cm sacré, feu Saint-Antoine, ergot, sévit par une grande mortalité : le» basses classes, mal nourries, tombaient accablées au moindre souffle de la maladie, comme il arrive d'ordinaire; aussi la Sologne fut-elle trèi« éprouvée. Le mal commençait par lassitude, faiblesse suivie de torpeur, sommeil, membres brûlants, douleurs atroces dans les membres inférieurs, qui devenaient gangrenés. Tout porte h penser que cette maladie venait de nourriture insuHisanto, »
Les détails du Bas-Languedoc sont des plus tristes : le
mal vint par la Provence et de là pénétra dans le comtat
d'Avignon et dans le Bas-Languedoc; Beaucaire, Nîmes
ne purent s'en garantir. On établit pour les malades une
sorte de lazaret hors des murs, près des ruines de l'ancien
monastère de Saint-Bauzile; les supérieurs de tous les
monastères vinrent offrir au consul des religieux poui
soigner et exhorter les pestiférés tant dans rinfirmerit
que dans la ville; les ministres protestants firent la mèm(
proposition. Les Récollets ayant été choisis, Robert d'Avi
gnon, leur gardien, assembla la communauté et invita se
frères h se sacrifier : quatre d'entre eux se présentèrent
le gardien les ayant embrassés, ils allèrent aussitôt s
renfermer dans les cabanes de Saint-Bauzile, y trou
vèrent la mort, et furent aussitôt remplacés par des je
suites. La contagion sévissait principalement dans le
Arènes, habitées par une population serrée et malheu
reuse; pour circonscrire le fléau, on interdit toute com
munication avec le reste de la ville, sous promesse d
fournir à tous les besoins de ces infortunés. Le présidiî
sortit de Nîmes et alla s'établir à Villeneuve d'Avign»:
L'épidémie dura longtemps dans le Bas-Languedoc
lorsque le présidial de Nîmes eut repris ses séance!
conmie on craignait que les plaideurs ne rapportassent
fléau, on décida qu'on ne recevrait pas ceux qui vieJ
RUINE DU COMMEHCE. 259
1 (Iraient do tous les lieux qui se trouvent de Nîmes jusqu'à ' Ailcs,et des villes situées sur les bords duVistre jusqu'au j Rhône.
Faut-il, dans de pareilles conditions, parler du commerce ? La piraterie s'exerçait ouvertement sur les côtes de la Méditerranée; une des principales richesses du Languedoc consistait en grains, recherchés môme en Italie, et dont l'exportation était pour la province l'objet d'un commerce étendu. Pendant les troubles, les vaisseaux qui transportaient ces blés n'arrivaient presque jamais à leur destination. Les galères chargées de la garde des côtes les retenaient; on en faisait autant dans les ports de Marseille et de la Giotat et aux Martigues. On contraiignait ainsi les négociants, auxquels on enlevait tout espoir de conduire leurs denrées à Gênes ou dans d'autres villes d'Italie, de les céder à vil prix. Les relations avec l'Espagne n'offraient pas plus de sécurité; on lit dans les remontrances des États de 1630, que des équipages de vaisseaux appartenant aux ports de Lunel, d'Agde et de Frontignan avaient été confondus avec la chiourme des galères. Le gouverneur de Collioure se faisait remarquer parmi ceux qui s'abandonnaient à ces coupables manœu- »vrcs. De cette époque date la décadence de la culture et de la vente du pastel ; des documents authentiques prouvent qu'à la fin de la première partie du xvii" siècle il partait de Toulouse, pour le nord de l'Europe, 200,000 balles de coques de pastel. Le Lauraguais, l'Albigeois, les champs fertiles qui environnent Toulouse, fournissaient en grande quantité cette matière tinctoriale extrêmement recherchée, qu'on envoyait à Bordeaux, au Havre, à Anverset dans tout le nord de l'Europe. Avec la Fronde, la culture languit dans ces plaines dévastées, et alors l'in-