‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 28 sur 503 · ENQUÊTE OFFICIELLE · texte numérisé non relu

ENQUÊTE OFFICIELLE

gâts de la campagne des environs de Marie. Ce détail s'est trouvé confirmé par un travail de M. Ed. Fleury', résumé des diverses enquêtes faites, dans le diocèse de Laon, par l'autorité civile et par l'autorité ecclésiastique. Ces enquêtes ont été retrouvées par M. Fleury dans une liasse de seize dossiers, aux archives départementales de l'Aisne. « Procès-verbaux d'informations des pertes et ruines du diocèse de Laon depuis 1640. »

Gomme l'exilé de la première églogue de Virgile, les paysans pouvaient dire avec tristesse : « Un soldat impie va posséder ces guérets, un barbare ces moissonsl Voilà pour qui nous avons ensemencé nos campagnes < Greffe donc maintenant tes fruits, aligne des plants de vignes, malheureux Mélibée... et jamais, môme après un long temps, môme après plusieurs moissons, tu ne reverras, tu ne contempleras le toit rustique de ta pauvre cabane, ton petit royaume, tes chèvres, troupeau jadis heureux! » L'âme tendre de Virgile est passée dans ces vers, et le bonheur d'avoir retrouvé son domaine a adouci chez lui la plainte; la reconnaissance tempère l'accusation; combien plus profondément désolées sont les dépositions de nos témoins I La mesure des maux est comble, elle débordel les témoignages sont unanimes ^ : Pillage; incendie, violences de toute espèce, peste, misère épou-

1 . Rédacteur en chef du Journal de r Aisne et correspondant du ministère de l'instruction publique. Cette brochure de 94 pages est intitulée : le Diocèse de Laon pendant la Fronde. C'est avec une complaisance orgueilleuse que nous citons cette étude, M. Fleury ayant bien voulu reconnaître que notre article de la Revue de Paris (1830) sur la Fronde lui a suggéré la pensée de ce livre.

2. Voir principalement dans M. Fleury les dépositions de M» Jean Bellote, conseiller du roi, prévôt de la ville de Laon, du chevalief Louis de Boiiara, du seigneur de Monceau-le-Waast, de Jacques de Weez, seigneur de Medieux, de M. de Bezannes, seigneur de Courteçou.

DU DIOCÈSE DE LAON. ts

vantabîe, tel est le tableau perpétuel rruMls présentent presque sans variation.

On n'entrevoit dans ces récits uniformes qu'une chose : c'est la ruine universelle; pas une seule déposition ne révèle une individualité, tant les cœurs étaient flétris, brisés, les courages éteints, anéantis! Le môme fait se reproduit partout après une longue servitude ou une épouvantable misère; il avait lieu à la môme époque dans la malheureuse Allemagne, dévastée par les Wallenstein, les Piccolommi, les Jean de Werth, etc., avant l'arrivée du grand Gustave-Adolphe. Quand le roi de Suède vint venger ce malheureux pays et voulut écouler les plaintes, il trouva tout fini : « Les gens pillés, battus, outragés, écritM.MicheLet, dirent que tout allait bien, et personne n'osa se plaindre. »

Comme trait de mœurs propre à édifier le lecteur sur la manière dont les plus renommés capitaines entendaient la discipline des troupes françaises en pays français, nous croyons devoir rappeler ici une attestation fournie par le curé et les notables d'Evergnicourt au doyenné de Neuchâtel-sur-Aisne; elle servira pour tous les villages environnants :

« Certifions le roi et nos seigneurs de son conseil que l'armée ennemie a passé en l'année 1636 dans toute l'étendue du diocèse de Laon et que par tous les lieux où elle a passé, elle a brûlé et pillé tous les bourgs et villages, môme aucunes petites villes qui n'ont pu leur faire résistance, comme aussi la plus grande partie des églises du diocèse, et réduit les curés aussi bien que les diocésains à abandonner le diocèse à cause des violences et cruautés que les ennemis exerçaient sur eux, et aussi certifions que durant les années de 1637 à 1647, les armées de S. M., commandées par MM. de Chàtillon, La Meilleraye, do Guiche, MMs" les ducs d'Orléans, d'Enghien, Gassion, de L'Hôpital et autres ont aussi séjourné, campé, passé, repassé dans le diocèse, et par ce moyen interrompu l'exarcice de la justice, même se sont ren-

Page 1