‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 29 sur 503 · ENQUÊTE OFFICIELLE · texte numérisé non relu

ENQUÊTE OFFICIELLE

dues si redoutables parmi les campagnes, que nul n'a osé s'y trouver durant la plus grande partie desdites années, ce qui a tellement appauvri le diocèse, que les diocésains sont réduits à la mendicité. »

On ne pourra certes pas, dit avec raison M. Fieury, accuser d'exagération ce certificat et une foule d'autres rédigés sur le même modèle; mais il n'est pas moins éloquent quand on songe aux douleurs qui se cachent sous cette rédaction banale. Là seulement s'est révélé un fait nouveau, l'interruption de la justice, que vient confirmer une autre pièce empruntée au registre des causes du bailliage de Ribemont : heureusement le plumitif de ce tribunal est plus explicite que le témoignage de notre curé.

La police n'a plus d'action : les.délits et les crimes, bien loin d'être réprimés, ne sont plus poursuivis; les intérêts civils eux-mêmes ont cessé de se discuter devant les tribunaux. Les agents de la loi n'osent plus se risquer, pour y exercer leur ministère, dans les contrées que l'ennemi a envahies; les paysans les chassent à main armée. Aussi l'adjudicataire de la ferme des exploits et amendes de la prévôté et bailliage de Ribemont ne touche-t-il plus aucun droit. Pour se soustraire, lui et sa caution, aux obligations qu'ils ont solidairement contractées envers le trésor, l'adjudicataire réclame et obtient un acte de notoriété à la date du 14 avril 1645 :

«... En sorte que dans le cours des années (1636 à 1645), le cours de la justice a cessé et a été interrompu jusques àprésent, par les routes et séjours des armées qui ont causé telle licence et désordres dans ce pays, que les paysans, qui y avaient toujours les armes en main, n'y souffrent aucun exploit, contrainte ni exécution, mais y font rébellion dans toutes rencontres et même à la face des juges, le malheur du temps donnant lieu à telles que autres mauvaises actions dont les coupables ne peuvent être à présent châtiés ni punis. Ce qui a causé que la plupart des assignations ont été formées à son dû tambour, tant on co

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