RÉCONCILIATION
Aussi Mazarin, loin de relâclier les prisonniers, Icr, avait envoyés au Havre pour les mettre à l'abri d'un coup de main. Après la victoire de Rethel, il crut n'avoir plus besoin des chefs de la Fronde, qui lui avaient fidèlement maintenu Paris tranquille pendant son expédition de Bordeaux, et refuse à Gondy le prix de l'alliance, le chapeau de cardinal tant souhaité. Le Parlement, séduit par l'adresse du Coadjuteur, se ressouvint tardivement de la déclaration d'octobre au sujet de la liberté des individus, et parla sévèrement de la « politique infortunée du ministre, cause de tous les maux •. » De son côté, pour sd vengef, Mazarin compara, dans l*intimité, le Parlement de Paris au Parlement d'Angleterre, et les principaux frondeurs aux Cromwellet aux Fairfax. Gaston d'Orléans répondit aigrement à ces insinuations; alors et la reine, violente d'elle-même, dit M. Micheict, et violente de servilité pour son heureux vainqueur, folle de son laurier de Rethel, met, selon ses habitudes, les ongles au nez de Monsieur, qui se sauve éperdu, jurant qu'il ne remettra jamais les pieds chez celte furie » (31 janvier 1651 ).
1. « En comparant les malheurs qui sont arrivés depuis le 18 ja:i- ▼ier 1650 avec la conduite précédente des affaires, il est facile de porter un jugement sur cette politique infortunée, cause de tous nos maux. Depuis ce jour fatal, nous n'avons eu que divisions d'esprit, guerres ci* viles et déchet à l'autorité... Votre Parlement a cru que dans une occasion si importante, la postérité lui reprocherait avec justice d'avoir dénié sou intercession aux plaintes de deux princes du sang et du gouverneur de Normandie, et de n'avoir pas pris connaissance de leur emprisonnement, qui semble destiné à être perpétuel et prive la France du secours qu'elle devait espérer et attendre de leurs services et de leur courage... Les pierres qui les renferment sont capables d'élever leurs plaintes si haut qu'elles seront entendues dans toutes les provinces. Si cette détention avait pour motif un secret d'État et un mystère, nous garderions le silence, mais la lettre de cachet envoyée à toutes les compagnies au moment de leur emprisonnement ne les accuse que de choses légères, les justifie de toutes sortes de crimes et porte témoignage de leur innocence. » Discours du premier président Mu!é (20 janvier 1C31). Cirante;
DES DEUX FRONDES. %1fb
Ce fut le sigaal et le prétexte de la rupture eulrc les anciens alliés et l'occasion de la réconciliation des deux Frondes. Gonti devait en payer les frais en épousant l'ancienne maîtresse du Goadjuteur, mademoiselle do Che" vreuse. Gaston enjoint aux maréchaux de France, aux prévôts, aux échevins et aux chefs de la garde bourgeoise, de n'obéir qu'à lui, en vertu de sa charge de lieutenant général du royaume. La coui' est bientôt déserte : une tempête furieuse éclate dans le Parlement lorsqu'on y ap* prend le langage de Mazarin; la noblesse, et môme le clergé, tous réunis à Paris pour son assemblée quinquennale, suivent leurs deux chefs, le duc d'Orléans et le Goadjuteur, aux Gordeliers et aux Augustins. Le Parlement, toutes chambres assemblées, rend un arrêt par* lequel il demande la liberté des princes, ordonne de n'obéir qu'au lieutenant-général, ce qui était anéantir do fait la régence, et pri-e la reine de renvoyer le cardinal* Le peuple, de son côté, dans une violente émeute, menace la vie de Mazarin. Anne, furieuse, entoure de sol* dats le Palais-Koyal, déclare qu'elle ne commettra pas t la même faute qu'avait faite le roi d'Angleterre, en abandonnant son ministre à la rage publique. » Abasourdi de tant de coups soudains, Mazarin se mit de côlé pour laisser passer la tempête, quitta Paris le 6 février 1651, et se rendit à Saint-Germain, où il devait attendre la reine, si elle ne réussissait pas à tout conjurer.
A la nouvelle de la fuite de son ennemi, le Parlement
le Parlement et la Fronde. —> Ce discours s'élevait à la hauteur d'uti éTéuement important; Mole forçait la main à la reine et la mettait dans l'impossibilité de refuser la liberté des princes. Mazarin et la cour dotaient renoncer à tout espoir de négociation : c'était une amnistie pleine, entière, une délivrance immédiate, sans conditions, qui devait suivre ce I laiîijaze.
ilù DÉLIVRANCE DES PUINCES
lance un arrêt de bannissement contre lui, ses parents] ses domestiques. Le conseil du roi approuve l'arrôï ordre est adressé au cardinal de quitter le royaume aval la fin du mois : ce délai passé, il est enjoint à tous de h courir sus. Voyant les événements se précipiter avec une telle fureur, la reine veut s'enfuir et rejouer encore le môme jeu qu'au commencement de la Fronde à Ruel et à Saint-Germain; majs, à deux reprises, Gondi, avec les milices bourgeoises, la retient prisonnière dans son palais. Mazarin, découragé, n'essaye plus de résister et court au Havre délivrer lui-même les princes; peut-être espérait-il par là arriver à la désunion des deux Frondes, ou au moins persuader à ses anciens prisonniers que c'était à lui qu'ils étaient redevables de leur délivrance, et les lier ainsi par la reconnaissance dans un premier mo« ment de surprise. Un projet de traité entre les princes et la cour que nous avons trouvé dans les portefeuilles de Fontanieu donne quelque vraisemblance à celte conjecture * ; mais il perdit bientôt toute espérance devant les
1. Articles et conditions sous lesquelles le roi, par l'avis de la reine régente, sa mère, et de M. le duc d'Orléans, veut et entend que MM. les princes de Condé, de Conti et le duc de Longueville soient mis en liberté hors la citadelle du HavrQ, où ils sont présentement détenus, et ce, sans aucun délai, et incontinent qu'ils s'y seront soumis et les auront signés :
10 MM. les princes et le duc de Longueville déclarent qu'ils n'ont fait aucune ligue, traité ni association, soit au dedans, soit au dehors du royaume, avec qui que ce soit, contre le service de Leurs Majestés, et ci aucuns de leurs parents et amis en ont fait sous leurs noms, ils déclarent qu'ils les désavouent et y renoncent;
2° MM. les princes et duc promettent de bonne foi de remettre aux mains du roi, dans trois mois, la ville et citadelle de Stenay, comme aussi incontinent etsans délai de faire sortir la garnison de Mouzon et ceux qui commandent dans la place, et de la remettre aux mains de l'exempt et au garde qu'il plaira au roi, qui y demeurera avec douze mortepayes seulement, lesquels seront soldés aux dépens du roi; ledit exempt S6 chargera par inventaire des munitions de guerre, canons et armes qui »e tniuverou». ilans la place, lesquels le roi promet «le faire rcn'Ire cl re-