‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 320 sur 503 · FUREUR DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

FUREUR DU PARLEMENT

buisson-Aubenay pour se faire une idée de la fureur, de i l'inquiétude des cours souveraines et du peuple à propos ! de la marche de Mazarin : on répand les bruits les plus absurdes, qui sont démentis le lendemain, pour faire place à d'autres aussi peu dignes de foi. Chacun des pas de l'ancien ministre est enregistré et commenté : « Il est entré dans telle ville; Châlons, par les soins de Jacques Talon, lui a fourni 2,000 rations de pain pour son infanterie; il a en outre 1,500 chevaux... De prétendues lettres de Mazarin courent chaque jour les salons et les rues... On veut s'en prendre à tout le monde; on songe à saisir comme otages de la conduite du maréchal d'Hocquincourt, chef de l'armée de Mazarin, l'abbé et les autres fils du maréchal, étudiants au collège de Navarre; mais leurs oncles les en ont retirés et mis en sûreté... Un instant aussi la comtesse d'Harcourt, dont le mari commande l'armée du roi en Poitou, est arrêtée et conduite prisonnière à l'hôtel de ville; mais, sur les représentations du maréchal de l'Hôpital, gouverneur de Paris, Beaufort la délivre. Craignant qu'on ne revint sur cette décision, la comtesse s'enfuit de son hôtel et va chercher un asile auprès de Senlis, chez un de ses fils... Une espèce d'émeute d'indignation éclate à la dépêche du gouverneur de Pont-sur- Yonne, disant que, malgré sa résistance, il a été obligé d'ouvrir un passage à l'armée de Mazarin, et que les conseillers du Parlement envoyés contre le cardinal pour lui signifier des arrêts ont été l'un tué, l'autre blessé et fait prisonnier. On voulait, par cette émeute, c faire donner à la chaude » arrêt contre d'Hocquincourt et tous les autres officiers qui servaient Mazarin... Enquête, par des gardes du duc d'Orléans, puis par le conseiller Portail, chez un banquier du quar-

àU RETOUR DE MAZARIN. S17

tiiT des halles, le sieur Desmartins, soupçonné d'avoir fait parvenir au Mazarin de l'argent caché dans une charrette à ordures. Émoi du corps des négociants au sujet de cette enquête inquisiloriale, etc^»

La nouvelle répandue par le duc d'Orléans et qui avait causé un tel émoi était vraie, et, d'après les conseils de Fabert, Mazarin avait levé une petite armée^. La révolte

1. Nous ne pouvons que renouveler notre souhait de voir la publication prochaine de ce journal, si important pour la physionomie de Paris pendant la Fronde. Fabert confirme une partie de ces bruits dans sa curieuse Correspondance : « MM. de Bouillon et de Turenne, qui n'ont jamais paru grands chasseurs, ont fait la Saint-Hubert avec M. d'Orléans à Limours, et depuis ont toujours été avec le fils de M, le premier président, à Champlàtreux. On parle entre eux d'un tiers parti... » M. d'Orléans apprenant que Fabert voulait recevoir le cardinal, menace de faire raser la maison que possède à Paris le gouverneur de Sedan. KK, 1072.

2. C'est dans les lettres de Fabert qu'il faudrait aller chercher bien des faits inexpliqués de la Fronde, que la nature de notre travail ne nous permet pas d'aborder : les services qu'il avait rendus à Mazarin, la loyauté bien connue de son caractère lui donnaient le doit de tout dire. Voici, au :;ujet du retour du cardinal, des passages curieux d'une lettre chiffrée qui se trouve aux Archives : « 25 octobre. — M. le maréchal de La Ferté se rendra partout où vous lui commanderec pour avoir l'honneur de vous voir... Votre Eminence peut être sûrement à Rocroy, M. de Monlaigut étant homme plein d'honneur... Pour vous parler de mon métier, j'estimerais beaucoup de vous voir à la tête d'un corps assez considérable pour agir de soi-même. Le licenciement des troupes de Brandebourg et de Neubourg vous donne le moyen d'avoir de très-bons hommes avec peu d'argent. L'on en pourrait trouver encore vers Francfort et Mayence, à quoi joignant ce que vous désirez faire l'hiver en France, et marchant avec tout au secours du roi, serait, à mon avis, une très-belle suite de tant de belles choses faites par vous pour son service. Cela mettrait M. le prince à son devoir ou du moins ferait que les troupe» du roi étant libres pour s'opposer aux Espagnols, ils tireraient peu d'avantages de nos divisions, ce qui pourrait les porter à la paix. Cette dépense dont avec justice vous seriez remboursé, garantirait l'Etat et vous rétablirait en toute autorité... 11 est à croire que les peuples que vous auriez obligés ne voudraient pas troubler le repos que vous leur auriez procuré en s'opposant à votre retour à la cour... Si Votre Eminence se veut avancer à Sedan, il sera à propos de le savoir de bonne heure, afin de faire les provisions nécessaires, autrement il y aura de la peine à les réunir et elles couleraient beaucoup. » Fabert revient à plusieurs reprises sur cette armée, surtout dans une lettre du 19 no» Tembre.

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