Montrond^ Essai historique sur la ville d'Etampes
LES AÊREUX A ÉTAMPES. 4it
lugubre devoir; les Lazaristes ne se rebutent pas, ils
|font venir de loin des hommes plus vigoureux, leur font
! enlever du milieu des rues ces restes hideux de carnage
fet de destruction; courageusement eux-mêmes donnent
l'exemple. Cinq missionnaires et cinq sœurs de charité
succombèrent dans cette tâche surhumaine, véritables
héros, mourant les armes à la main sur leur champ de
bataille, et dignes d'être appelés par leur chef a martyrs
de la Charité. » Ecoutons Vincent en parler :
« Quasi tous ceux qui travaillent à Etampes y tombent malades; nous avons à la communauté de Saint-Lazare toujours une vingtaine de malades, ce sont maladies qui portent à l'extrémité et dont on a grand peine à revenir.,. Nous sommes épuisés d'ouvriers à cette heure (8 octobre)... La Providence de Dieu a appelé à lui M. David, de notre compagnie, duquel on peut dire que, en peu de temps, explevit tempora multa. 11 y avait seulement quinze jours qu'il secourait les malades tfEtampes. M. Deschamps, avec qui il était, m'a fait savoir qu'il y faisait autant que pourrait faire un homme venu du ciel, relativement aux confessions, aux catéchismes, aux secours corporels, à la sépulture des cadavres à peu près corrompus. Il alla en enterrer douze à Etrechy qui infectaient le village ; après quoi il tomba malade et mourut. »
Le souvenir de David revient fréquemment; dans une lettre du 30 août écrite au missionnaire Bonichon à l'Hôtel- Dieu de Melun, on lit :
« Je suis bien marri de Tindisposition de vos missionnaires malades; lia plupart des nôtres guérissent, grâce à Dieu, mais il en tombe d'autres iqui prennent leur place. M. Delafosse, qui assistait les pauvres d'Etam« !pes, en est revenu sur un brancart avec la fièvre; d'antres sont allés prendre sa place comme il avait pris celle de feu M. David, décédé dans ce lieu et dans cette sainte occupation. Nous ressentons tous les jours la perte d'un si bon ouvrier. Dieu a encore disposé à Crécy de M. Gilles, OÙ il était supérieur, le 22 de ce mois; je ne vous dis pas combien nous en sommes affligés, parce que je ne le pourrais pas. Il plait à Dieu de nous exercer encore par la maladie de MM. Lambert, Le Soudiez à Crécy, et Berthe en Picardie ». »
it Àrcb. de la Mission. Paris^ rue de Sèvres.
4t4 LES MISSIONNAIRES ET LES SŒURS
Ne sembl8-l-il pas qu'on entende sur un champ de bataille l'ordre lugubre de : t Serrez les rangs, » et toujours de nouveaux soldais se trouvent au poste périlleux pour y succomber. Les Filles de la Charité ne pouvaient le céder sur un pareil terrain aux Missionnaires, et sœur Marie- Joseph mérite de voir son nom inscrit à côté de celui de M. David :
« Cette vraie Fille de la Charité succombant enfin sous le poids d'un travail qui ne finissait point , et ne pouvant plus ni aller assister les malades dans leurs maisons, ni se résoudre k ne les plus servir, le» faisait amener dans sa chambre, et se levant sur son lit, elle avait le courage de les saigner. Comme elle voulut continuer jusqu'à la mort de leur rendre ce service, elle expira dans le moment qu'elle se couchait, après en avoir saigné un i. »
On avait, en efl'et, établi pour les pauvres vivants quatre hospices où étaient reçus et servis chaque jour les malades, et où présidaient MM. Deschamps et Watebled, qui avaient appris la charité à Rethel, dans cette grande école de misère. Deux de ces maisons étaient destiné^^'^ aux habitants d'Ét-ampes, et les autres à ceux d'Étrecl, Villeconin, Guillerval, Saint-Arnoult et les villages environnants. Les orphelins ne furent point délaissés par celui dont le zèle avait su donner des mères tendres aux enfants trouvés: une vaste maison d'Étampes les recueillit. Aussi la ville relevée dressa, dans sa reconnaissai pour M. Vincent et ses disciples, une croix de fer plaiitée non loin de l'église de Saint-Basile sur le terrain dit
1. Vie de madame Lcgras, par Gobillon, curé de Saint-Laurent. N lisons dans une Relation de mai 1652 : « Pour Étampes, l'état est tel que l'on a délaissé les malades des villages, l'on s'attacîie seulement à ceux de la ville, qui est en telle désolation, que l'on n'a pu trouver une femme pour veiller une sœur de la charité, laquelle a fini ses jours en servant les pauvres de ce lieu, après les avoir secourus pendant deux années en Picardie et en Champagne.» 11 s'agit probablement de sœur MariC'^Ioseph.