CORRESPONDANCE OFFICIELLE
pas moins nombreux ni moins unanimes. En 1634, les États de Normandie constatent que les tailles « se sont accrues jusqu'au point d'avoir tiré la chemise qui restait à couvrir la nudité du corps, et empêché les femmes en plusieurs lieux, par la vergogne de leur propre nudité, de se trouver aux églises. * Partout le désespoir éclate en révoltes : en Normandie, ce sont les Va-nu-pieds * ; en Guienne, les Croquants, pour ne citer que les plus célèbres ; d'autres moins connues ont lieu dans tout le reste du royaume, en Dauphiné, en Bourbonnais, etc.; partout, dans leurs lettres, les intendants font entendre les mômes plaintes et expriment les mêmes frayeurs; leur correspondance avec le chancelier Séguier le montre presque à chaque page *.
« De Muret, 10 février 16/13. — Une sédition pour les tailles est arrivée à Viliefranche-en-Rouergue ; je n'ose pas quitter l'élection de Comminges, de peur que, le dos tourné, les cinq élections de Gascogne qui sont les plus séditieuses et qui obéissent et payent le moins en fassent de môme... Et involontairement le malheureux intendant apporte Texcuse de cette conduite des peuples : «Je ne vois dans cette province que « désordres et manquements de toutes parts, et à peine trouvai-je un « officier qui fasse bien sa charge, ni un commis qui n'abuse de ses « fonctions. »
« 12 février 1643. — A Saumur on a voulu chasser les commis des taxes ; tout est calme présentement, et cela n'a servi qu'à mieux faire payer les droits. — 2 mars. — Tous les jours on craint rébellion à Bordeaux, à Blaye... Le seul mot sol pour livre met les peuples en fureur, et je ne sache point de remède pour empêcher le mal que l'extinction du droit... Cette année, la seule élection de Bordeaux porte plus, je dis plus d'un million de livres de toutes tailles, et le droit du sol pour livre
1. On peut voir les détails de cette redoutable révolte dans Floquet, Histoire du parlement de Normandie, t. IV, et dans le Diaire ou Voyage du chancelier Séguier pour châtier les coupables.
2. Ms. Bibl. imp., fonds Saint-Germain, -p— „-.—-. — C'est une mine
* ' de 8 a 34
inépuisable, trop négligée; comment se fait-il que M. Depping ne l'ait pas xeplorée pour la Correspondance administrative sous Louis XlVi