S0 UNE VRAIE RÉACTION ROYALISTE
incapable de modération, aigri encore par l'insuccès,: •s'en prenait à ses lieutenants, aussi les défections se multipliaient : Séguier lui -môme fit sa soumission et désorganisa par sa retraite le conseil des princes. L'autorité du duc d'Orléans comme lieutenant général du royaume n'avait été reconnue nulle part : le Parlement de Bordeaux seul lui avait répondu. Dans la province de Languedoc, dont il était par sa naissance gouverneur, le Parlement de Toulouse avait enjoint de « n'obéir qu'aux ordres du roi; » à Paris même, il fallait des « peines extrêmes pour obtenir une faible part des taxes sur les portes des maisons, et, dans le quartier du duc, malgré l'exemple qu'il avait donné en payant le premier « le dizainier, marchand de bas du pont Saint- Michel, n'en peut venir à bout. »
La détermination de la cour au sujet de Mazarin vint donner une nouvelle force au parti de la réaction : à la fin des longues crises, les transactions que sait faire à propos le parti le plus fort mettent plus vite un terme aux troubles qu'un système de violences, en rattachant à la cause victorievise les modérés et les timides qui forment toujours le plus grand nombre. Sur les remontrances du Parlement de Pontoise, qui ouvrit sa preni' séance (7 août) par demander l'éloignement du cardii...., sur les instances nouvelles de celui-ci, le roi déclara (12 août) qu'il consentait à laisser partir t ce fidèle servi- ,teur, » et Mazarin (le 19) s'achemina lentement vers son exil de Bouillon; comédie dont les principaux du Parlement de Pontoise t savent le secret, » dit lui-môme Mazarin dans une lettre du 9 octobre à Fouquet.
Une seconde mesure vint compléter ce premier acte déjà 4 heureux pour le retour de la paix: le 26 août fut
RELÈVE LA TÈTE, Ml
nulgué, toujours par le conseil de Mazarin, un « édit
ui portant anmislie de tout ce qui s'est passé à l'oc-
n des présents mouvements, à la charge de se re-
re dans trois jours sous l'obéissance du roi. » Ce fut
:nal de la déroute de la Fronde ; il ne restait plus à
»nne de prétexte pour continuer la rébellion : aux
^es, depuis le départ de Mazarin; aux gens compro-
uis et qui ne persistaient que par crainte de châtiment,
ieiuis l'amnistie. Dès lors, le courage revint aux' plus
inikles: le 29 août,
i-ieurs assemblées de bourgeois se font es places et rues de Paris, ucuns des plus hardis ont dit aux princes qu'ils iraient demander au oi ses forces pour chasser de Saint- Cloud, Suresnes et toute cette venange, leurs troupes qui la ruinent, si eux-mêmes ne les ôtent ; plus de 00 vont au palais d'Orléans demander qu'ils puissent faire leurs ven« anges; on les renvoie avec belles paroles. Les troupes des princes se lébandent toutes, les officiers mômes quittent. Les paysans des envions viennent depuis quelques jours au duc de Beaufort et à Broussel «mander avec hardiesse qu'on les délivre de ces restes d'étrangers Lorrains et Kspagnols) qui les dévorent, autrement ils joueront à la lésespérade et s'en défairont. Sur les plaintes vigoureuses que font à I. A. R. ces habitants, conduits par le sieur du Vaussel, marchand loger et dixainier d'entre les deux portes du Palais, le prince de Condé B rendit le lendemain près des troupes et fit prendre deux soldats qui iraient, l'un, arraché une porte d'une maison, et l'autre fait vanterie ['avoir tué les jours précédents des bourgeois, les livra entre les mains la prévôt des bandes pour Être exécutés, et même réprimanda de 'alou, leur commandant, en tirant l'épée sur lui pour n'avoir pas rédmé ses soldats *. »
Les temps, on le voit, étaient bien cliangés: les princes ommençaient à comprendre qu'on ne pouvait plus abuser le la patience des malheureux peuples; que partout on foulait la fin de cette guerre exécrée; qu'il n'y avait plus
" Voir pour toute celle sgonie de la Fronde Dubuisson, qui enre- ■: jour par jour le mouvement de l'opinioa.
kM LA PAIX EST LE CRI GÉNÉRAL.
qu'un seul désir, un seul sentiment, un seul mot, lapaix^ la paixî Eux-mêmes s'y résignaient et écrivaient à la cour pour négocier; mais il était trop tard. Le roi voulait la soumission sans conditions (29 août) . Que de chemin l'autorité royale n'avait-elle pas fait en neuf jours, puisque, dans Dubuisson, on voit que le 20 août, en plein Parlement, le vieux Broussel s'était emporté jusqu'à dire: € Qu'est-ce que le roi? » Aujourd'hui ce même roi dictait ses conditions, se faisait prier, supplier pour rentrer dans sa bonne ville, et ne laissait d'autre parti à Condé que de se soumettre ou de porter les armes en traître contre sa patrie!
Le peuple profitait de la moindre occasion pour montrer au roi combien il désirait son retour, et combien il était las des princes :
« Le 5 septembre au soir, l'on fait des feux de joie et d'artifice poM le jour natal du roi dans divers quartiers et à la croix du Trahoir, où le duc de Beaufort passa, «t disent aucuns qu'il n'en témoigna pas être content. »
La seule personne que le cardinal redoute à Paris, c'est de Retz; la longue inaction de cet esprit inquiet, curi<Mr d'intrigues, trouble Mazarin; le 6 septembre, il écrit à confidents une lettre fort curieuse et qui explique à l'a-j i vance la catastrophe finale de Gondy :
l « Je vous conjure de vous appliquer à rompre par toutes sortes d< voies les desseins du cardinal de Retz et de croire comme un article di' foi que, nonobstant toutes les belles choses qu'il fera et les protestatioa de sa passion au service de la reine, et de vouloir me servir sincère ment et de pousser M. le prince, il n'a rien de bon dans l'àme ni pou l'Etat, ni pour la reine, ni pour moi. Il faut donc bien garder les dehor et empocher qu'il ne s'introduise et qu'il ne puisse jouer en apparenc ni à la cour, ni à Paris, le personnage de serviteur du roi bien inteu tionué; car il est incapable de l'être jamais. Vous o'aurez pas graad
LE CLERGÉ FAIT UNE PREMIÈRE DÉPUTATION. 43i
princ avec la reine sur ce sujet, car elle le connaît trop bien pour s*y fier jamais '. »
De Retz, en effet, songeait à sortir de son obscurité par une démarche éclatante, qui pouvait, en cas de réussite, non-seulement assurer sa rentrée en grâce, mais lui assurer crédit et faveur en l'absence de Mazarin: il voulait reprendre à la fin de la Fronde, grâce à son litre de pasteur spirituel du diocèse, le rôle de pacificateur général qu'il avait essayé de jouer au commencement, le jour des 3arricades, devant la statue de Henri IV. Se mettre à la tête d'une députation du clergé de Paris, et la conduire à la cour, c'était un prétexte pour aller chercher le chapeau de cardinal, arrivé depuis peu de Rome, une occasion de traiter au nom du duc d'Orléans, et peut-être ôe se faire retenir à la cour. Le 9 septembre une longue suite de carrosses, remplis de chanoines du chapitre de N.-D. et de curés de Paris, escortés des gardes du duc d'Orléans et de nombreux gentilshommes, se rendit à Compiègne auprès du roi, qui les accueillit parfaitement. A l'habile et éloquent discours du fin moqueur le Retz, Louis répondit par écrit qu'il était bien disposa retourner à Paris, mais qu'il fallait que « les Parisiens issent quelque chose pour hâter ce retour, en ne souf- •ant plus le pouvoir violent de ceux qui voulaient faire iurer les troubles ; » quant aux autres projets que le [ioadjuteur espérait mener à bien dans ses entretiens avec le roi et la reine, il dut y renoncer, en se voyant renvoyé lUx yeux et aux oreilles de Mazarin, les sous-minislres irvien et Le Tellier.
La réponse significative du roi, une fois connue ii
' 'i. Lettre de Mazarin au procureur général Fouquet du G septcaibre*
434 LECHÂîroiN LE PREVOST,
Paris, fut bien vite comprise. Dès le lendemain, dit Du. buisson,
« Le curé de Saint-Jean en Grève s'en entretenait en plein prône, «• i ce jour-là le duc Charles passant sur le pont Neuf seul en un carro GC M. d'Orléans, quelques bourgeois disaient à haute voix qu'il fall Je jeter dans la rivière. »
Bientôt même, grâce aux agents de la cour qui travaillaient la bourgeoisie et le peuple de Paris, on forma une ; espèce de conspiration, dont Retz essaya vainement un instant de se faire le chef; mais on lui préfora un chanoine i de Notre-Dame, conseiller au Parlement, Le Prévost, celui | qui déjà s'était signalé par son zèle le 20 avril. Cette ' conspiration prit pour cocarde un morceau de papier ! blanc qui, dès lors, remplaça dans Paris la paille des princes : on ne pouvait en faire partie qu'en signant une déclaration dont nous avons retrouvé un exemplaire dani les Manuscrits de la bibliothèque impériale ;
Ordre du roi, dont M. Le Prévost, conseiller au parlement, a fait faire lecture dans le Palais-Royal, le 27 septembre 1652.
De par le roi.
S. M. étant bien informée de la continuation des bonnes intentions des bourgeois et habitants de sa bonne ville de Paris, pour son service et pour le bien commun de ladite ville, et des dispositions dans lesquelles ils sont de s'employer de tout leur pouvoir pour y remettre toute chose en l'état auquel il se doit, et pour se tirer de l'oppression où ils sont présentement et se remettre en liberté sous son obéissance^ S. M. a permis et permet auxdits habitants et à chacun d'eux en particulier et en tant que besoin serait, elle leur enjoiut et ordonne trèsexpressément de prendre les armes, s'assemblej, occuper les lieux et postes qu'ils jugeront à propos, combattre ceux qui se voudront opposer à leurs desseins, arrêter les chefs et se saisir des factieux par toutes voies et généralement faire tout ce qu'ils verront être nécessairt et convenable pour rétablir le repos et l'entière obéissance envora S. M,, et parfaire que ladite ville soit gouvernée par l'ordre ancien et accoutumé, et par ses magistrats légitimes, sous l'autorité de S. M., laquelle leur donne tout pouvoir de le faire par la présente qu'elle a
CHEF D'UNE NOUVELLE LIGUE flUYALlSTE. «5
^ée de sa main, et y a fait apposer le cachet do ses armes, voulant
^a'ellc serve de décharge et de commandement à tous ceux qui agiroat
h quelque manière que ce soit pour l'exécution d'icelle.
( Donné i Compiègne, le 26 septembre 1652.
ji Louis.
Louis Letelliea.
Nous soussignés, bourgeois et habitants de Paris, du quartier de... connaissons avoir donné pouvoir de solliciter près de S. M. l'obten-. on de l'ordre dont le projet est ci-dessus, lequel nous promettons exécuter chacun selon nos pouvoirs, et pour cet effet nous joindre aux atres serviteurs qui sont fidèles et affectionnés au roi et qui sont iDS les autres quartiers de Paris, qui ont signé le môme pouvoir, avec «qaels nous nous joignons dès à présent pour notre défense particufere les uns des autres, en telle sorte que s'il arrivait qu'il fut fait in* dte par qui que ce soit à un particulier d'entre nous et des autres mrtiers, nous promettons d'en entreprendre la défense à force ouverte, I tout pour parvenir à la paix, tranquillité de la ville et rétablisfaclent du commerce sous l'obéissance de S. M. i.
Vincent de Paul qui avait à plusieurs reprises, en vue e la paix, essayé son crédit auprès de la reine et de Maarin dans la première Fronde, ne pouvait rester indilïé- Bnt dans un moment où tout le monde s'agitait pour prourer cette paix, objet de tous les vœux. Après s'être mtilement entremis pour réconcilier le roi et les princes endant le séjour de la cour à Saint-Denis, ainsi que le rouve un billet des premiers jours de juillet 1632, après voir écrit, le 16 août, au pape Innocent X, imploré ses rières en lui demandant de renouveler les tentatives 'intervention qu'il avait déjà faites par des lettres ponticales ou par son nonce apostolique « afin de réunir la laison royale divisée et d'éteindre la guerre civile, » 'incent se décide à s'adresser directement à Mazarin et lui
1. Bibl. imp., ma. 246, suppl. fr. — Recueil de pièces relatives aux •oubles de France en 1652. — M. Bazin, le meilleur historien de la ronde, s'est étrangement trompé dans toute cette affaire, faute d'avoir fNUia ces documents authentiques.