‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 41 sur 503 · LETTRE DE LA SŒUR · texte numérisé non relu

LETTRE DE LA SŒUR

Fronde, mettra la couronne en danger; peut-être alors le facétieux administrateur trouvera-t-il le jeu plus sérieux! Nous terminerons cette série de correspondances, que nous avons prises à dessein de toutes les parties de la France, par une lettre intime de la sœur du chancelier Sêguier adressée à son frère : carmélite dans un couvent de Pontoise, elle se fait l'avocat des malheureux paysans auprès du ministre, et se donne dans une lettre le titre de « sous-secrétaire d'État des pauvres. »

M Monseigneur et cher frère,

n Ce mot est pour vous demander l'élargissement d'un bon vieil homme, habitant de Franconville, qui a été pris prisonnier pour la subvention qu'il a payée et dont il a ses acquits... C'est une injustice de le tenir, ce pauvre homme s'en meurt de déplaisir. Je vous prie faire cette charité... Ce certain M. Lempereur de Gisors i fait le petit tyran depuis qu'il sait que M. de Montagu n'est plus ici pour protéger les pauvres; notre prison de Pontoise est pleine de pauvres gens pour les tailles ; ils les consomment en frais et misère, et je ne sais si le r«i en est mieux servi; c'est un enfileux de beaux mots que ce Lempereur. Il est devenu extrêmement riche au métier qu'il fait, et l'on s'en plaint fort dans le pays; nos collecteurs de tailles n'osent sortir, et ici ils oni payé plus que la ville ne payait l'année passée : il faut patience et miséricorde, car il est impossible que les pauvres gens qui font leur argent denier à denier l'aient si fort fourni. Il faudrait que Ton pûl prendre aux riches qui paient moins que les pauvres, et que les collecteurs n'osent exécuter, étant môme habitants et qui les menacent. J'ai eu une pensée, si l'on ordonnait à Lempereur de s'en prendre aux particuliers qui, le temps du payement des tailles étant passé, devraient

1. Il fallut la sévère administration de Colbert pour délivrer tout If pays de ce M. Lempereur, malgré les vigoureuses attaques de la sœui du chancelier; il put ainsi pendant plus de vingt-cinq ans désoler cette partie de la France; Guy-Patin, dans une lettre du 21 décembre 1664, nous en parle : « On travaille au procès de M. Lempereur, receveur des tailles de Gisors; son crime est de plusieurs voleries publiques; sepi cents témoins ont déposé contre lui, et il a plus de 800,000 livres d« bien. »

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