JEANNE DE JESUS, CARMÉLITE
au-dessus de dix ou douze écus, du moins ces pauvres collecteurs ne seraient point si misérables, et ceux qui ont de quoi ne se laisseraient pas mettre en prison. Il n'y a toujours que les pauvres qui ne se peuvent libérer qui souffrent et sans profit. Je suis bien volontiers leur advocalte, puisque étant pauvre moi-même, je ne puis leur mieux faire que de plaider leur cause, afin que quelque jour ils plaident la mienne devant le grand juge. Rendez-leur bien justice, et Dieu vous la rendra en miséricorde.
a Monseigneur et cher frère, votre très-humble et très-affectionnée sœur et servante,
(( Sœur Jeanke de Jésus, carmélite indigne.
• novembre IGIS. »
Dans une autre lettre, elle revient sur la situation malheureuse de Pontoise, « qui, en tout, a 45,000 livres d'impositions; peut-elle payer cela, elle qui n'a aucun trafic? Par suite d'un extrême effort, les collecteurs ont porté 30,000 livres à Lempereur, qui veut être payé du reste et menace de contrainte et de prison, et voici une garnison qui fait bien du désordre *. »
La situation de Pontoise, c'est celle de toute la France; les impôts ne se prélèvent que par la force armée, et en 16i6 il y avait dans les fers, pour non-payement de leurs tailles, plus de vingt-trois mille prisonniers; il est vrai que les receveurs des tailles et les autres financiers s'enrichissaient! Tous les moyens sont bons pour faire parvenir une plainte, hélas I inutile, au pied du trône : en 1646, profitant de la prise de Dunkerque par Condé, dans la collection des poésies oflicielles, un conseiller au présidial glisse une Requête en vers de la part de la pauvre ville de Bourges qui n'était en
1. Ms, Bibl. imp., fonda Saint-Germain fr., ^, fo 19 et 186. — Cette
sœur Jeanne de Jésus, par son influence dans le parti dévot de la Régence, avait beaucoup contribué à l'élévation et au maintien de son frère, dit M. Cousin dans Us Carnets de Mazarin.