‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 418 sur 503 · DE LA PICARDIE. 45L · texte numérisé non relu

DE LA PICARDIE. 45L

nrraiont paraître déclamatoires si, par les pages du registre que nous avons cité textuellement dans un dos premiers chapitres de cette histoire, on ne connaissait le caractère du chroniqueur- La ville de Vervins ayant été prise par les Espagnols, le cardinal, dans le dessein de les en chasser, fait avancer le maréchal de la Ferté-Senncterre avec 3,000 chevaux, et lui donne ses quartiers à Marie el dans les villages voisins.

u A son arrivée, on lui remontre que la, ville n'est composée que de 100 maisons environ, et que dans ce nombre il y eu a 60 au plus où on puisse mettre logement, le surplus étant pauvres gens; que les faubourgs sont beaucoup plus spacieux et qu'il y a quantité de villages à une petite lieue es environs, où les gens et guerriers seront plus à leur aise et y trouveront quantité de fourrages qui manquaient en la ville; en un mot, que ce serait ruiner soixante hommes *, puisque le surplus s'étaient retirés... Il ferme l'oreille à ces justes remontrances et veut que le tout loge, et en un moment les 3,000 hommes se saisissent des 60 maisons, où ils se font traiter à discrétion et avec toutes les inhumanités indicibles, depuis le 20 janvier jusqu'au 24, qu'ils en sortent; pendant lequel temps ils pillent et emportent tous les meubles, grains et autres choses qui se trouvent aux maisons, sans presque y rien laisser, battent, outragent et excèdent leurs hôtes afin de les faire abandonner, les dépouillent en la rue et en plein jour, violent quantilé de filles et femmes, brûlent cinq ou six maisons et plusieurs bâtiments, rançonnent certains habitants pour leur rendre leurs femmes, retiennt un petit enfant à l'âge de six mois un fort long temps sans le iidre à sa mère, quoiqu'il mourût presque de faim, et menacent de l'embrocher, si elle ne leur donne ce qu'elle n'avait pouvoir de faire. Et ce qui passe l'ordre naturel, est que quantité de ces enragés, pour ne pouvoir trouver des femmes et filles suffisamment, ont été trouvés

1. C'était en effet la cause de tous ces maux résultant du passage des armées; Fabert l'indique fort bien dans une de ses lettres à Mazarin : (( Si on loge les compagnies en corps dans les villages, elles se trouvent bientôt sans aide par l'abandonncment que font les villageois, et alors elles courent et volent partout et forcent les paysans à quitter la campagne, pour se réfugier dans les souterrrains et dans les bois, où quelquesuns tuent les cavaliers qu'ils peuvent attraper; si on les éparpille, ne se sentant plus redoutables, ils se font aimer du paysan et s'entendent avec eux. » Ms. KK. 1074. Arch. imp

Page 1