MISERE
et aperçus exerçant l'abomination pour laquelle Sodome et Gomorrlie furent réduites en cendres *... Les habitants se plaignent au maréclr.il et n'ont aucune réponse, sinon qu'j/ faut que les troupes vivent et (ju'ui les traite comme il faut; on lui remontre le pillage, il dit que ce n'est rien et que chacun retourne en son logis pour les bien traiter. Les doyens et curés vont aussi faire leurs doléances; pour leur faire la bonne bouche, on leur dit qu'il vaut mieux qu'ils soient mordus du chien de France qu'étranglés de la chienne d'Espagne... En partant il n'y eut ni officiers, ni cavaliers, du moins fort peu des officiers, qui n'emportassent une charge de blé et autres grains, tous sur leurs chevaux, avec tout le vin qu'ils n'avaient pu boire, de sorte qu'en toute la ville il n'y avait point en tout 50 pots de vin en divers côtés; que ceux qui en avaient besoin par extrême nécessité étaient contraints d'acheter 25 ou 30 sous le pot au lieu de 6 ou 7 qu'il valait huit jours auparavant. Étant à noter que toutes ces pertes et ruines ne peuvent être estimées moins que de 150,000 livres, outre les déplaisirs reçus, et que les troupes emportaient les blés et autres grains k Crécy et autres lieux voisins, où ils les vendaient, et non contents de ce, faisaient venir des troupes qui étaient logées à Voyenne, Toully, etc., auxqueli' ^ ils donnaient, vendaient et distribuaient les grains, de sorte que, do lu mémoire des vivants, il ne s'est vu en ladite ville une plus grande disolation qui a causé de grandes indispositions et maladies aux habitants , desquels bon nombre des plus aisés sont morts. »
Vervins ayant été pris le 27 janvier, on loge cette ar-
1. Ces faits sont malheureusement dans les mœurs du temps. Les re> gistres des écrous de la Conciergerie et du grand Châtelet (Archives de la préfecture de police) mentionnent de nombreux condamnés pour ce genre d'infamie. On connaît aussi l'accusation que La Porte fait peser ^ : Mazarin à l'égard de Louis XIV; rien, il est vrai, ne prouve l'exactitu du reproche... Madame, mère du régent, dans sa correspondance, dit 1 1 même chose de Condé. 5 juin 1716 : « A l'armée, le grand Condé s'ii.iaitua à de jeunes cavaliers, et quand il revint il ne pouvait plus souv^rir les dames... » Une chanson du temps, en latin macaronique, contienirait une sorte d'aveu : mais doit-elle être regardée comme authentique ? Le duc d'Enghien descendant le Rhône, en 1G43, avec le marquis de la >Ioussaye, fut surpris par un violent orage et fit, dit-on, ce couplet :
Cariis amicus, Mussœus
Ahl Deus bone, quod tr.nput
Lunderirette
Imbrc sumus periturà
Landcrirù
La Moussaye riposte ainsi :
Seeurae sunt nostrie vuk , Sumus enim Sodumita!
Ignu tantum pcnluri Lauderiri.
DK LA PlCAnOlE. 4C1
ni^e dans tout le di^partement de l'Aisne, où les ravagts que nous venons de lire à Marie, s'exercent avec autant d'impunité; pendant ce temps, le cardinal est à Laon, c'est-à-dire à quelques lieues du théâtre de toutes ces horreurs, se préparant à rentrer dans Paris comme le libérateur de la Picardie et de la Champagne t
A un autre moment, vers le mois d'octobre, c'est l'armée de Turenne qui se répand dans toutes ces contrées, et € empêche les labours et couvrances des blés qui, jusqu'alors, n'avaient encore pu être semés à cause des courses journalières et pillages ordinaires des armées; » pendant ce temps, Gondé demeure dans Rocroy* avec forte garnison d'infanterie et de cavalerie, € qui fait des courses journalières dans ce pays, envoie des ordres et mandements aux villes et villages afin de lui contribuer. »
Nous avons rencontré aux Archives des papiers qui , à nos yeux, attachent une éternelle honte au nom de Gondé. Ce sont des circulaires imprimées, toutes prêtes pour la désolation de la France, qui constituent, organisent sur une grande échelle le brigandage et la désolation : on conçoit à peu près que la guerre nourrisse la guerre; on excuse la maraude du troupier affamé; mais un prince du sang qui envoie aux villes un ordre imprimé de contribuer de leur argent pour soutenir sa révolte contre son pays; qui date cet écrit de Rocroy, le premier théâtre de sa gloire, témoin maintenant de son opprobre, en osant faire pré-
1. A Rocroy, Condé tranchait du petit souverain; par un décret du 18 novembre 1653 il y établit des greniers à sel, à la vente et distribution duquel il ne sera pris qu'un petit droit que nous voulons être levé pour le l)ien de nos affaires par-dessus le juste prix de l'achat, et ordonnance de poursuivre les faux-sauniers et tous ceux qui feront amas de sel. N'est-ce pas curieux de voir ce faux-saunier en grand condamner des malheureux, qui ne font la contrebande que pour vivre ou éuhapiur ù un droit très-onéreux! Àrch. imp.; KKj 1071.