‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 426 sur 503 · RÉQUISITIONS · texte numérisé non relu

RÉQUISITIONS

Valérie établie au camp de Pouilly, le duc d'Êpernon demanda aux villes, bourgs et villages du bailliage de Chalon-sur-Saône une livraison de 10,000 quintaux de foin; mais comme la réquisition elle-même est impossible là où il n'y a rien, on voit par le cahier que environ 6,000 quintaux ne purent être livrés par diverses localités soumises à la redevance. Semblable réquisition eut lieu aussi dans les bailliages d'Auxonne et de Saint-Jean de; Losne*. Ces réquisitions incomplètement accordées ne pouvant suffire, les courses, les pillages, le rapt des bestiaux, des bêtes de somme recommencent; on va même, jusqu'en Franche-Comté, malgré un traité solennel de neutralité fait avec les Francs-Comtois. En vain le roi et d'Êpernon donnent des ordres sérieux a d'éviter les altercations qui pourraient nuire au repos des deux province» de Bourgogne et de Franche-Comté, » les violences con* linuent et avec elles les plaintes*.

Si des voisins qu'on avait tout intérêt à ménager étalent ainsi traités, quel devait être le sort des sujets qu'on pouvait impunément fouler, pressurer? La volumineuse collection de Bourgogne nous fournit une triste réponse :

En février 1653, le&élus des États ayant représenté au roi la nécessité où était réduite la province, tant à causa des passages des gens de guerre que des incursions et

1. Coll. de Bourg, t. L, bibl. imp., ms. — Département fait sur lei habitants des villes, bourgs et villages du bailliage de Ch&lon, par nous, Claude Crestin, conseiller avocat du roi aux bailliage et chancellerte dudit Chàlon, et maire de ladite ville, commis par S. A. d'Êpernon, par son ordre à nous adressé en" date du 8 novembre 1658 pour la livraisoa des foins destinés pour la cavalerie du quartier de Fouiily, fOur le service du roi, décembre 1652. 18 pages ia-1*. (F» 101 du fonds Gaignièrei, 468.) Ms., bibl. imp.

«. Recueil de lettres vriginales du duc d'Êpernon, \. lil ni». iaéJii foods Gaigaières, 458, bibl. imp»

EN BOURGOGNE. àH

ravages de la garnison de Bcllegarde, et de la somme de 600,000 livres que la Bourgogne a fournie pour les frais de la guerre, Sa Majesté daigne les décharger de 170,000 livres à prendre sur les deniers du quartier d'hiver pour l'entretien des gens de guerre.

En 1654, quoique épuisée, la Bourgogne, comprenant qu'elle aurait encore plus d'intérêt à donner une grosse somme pour être exempte des logements et des passages des gens de guerre, s'engage pour ce motif à payer au roi la somme de 150,000 livrée. Scra-t-elle tranquille cette fois? Dès le 15 janvier, les pilleries recommencent, et les élus font faire le procès à deux soldats d'une troupe qui ruinait le pays. Rangueil, qu'on avait nommé chef du quartier de Pouilly, sous la condition d'arrêter les désordres, laisse ses soldats se livrer aux mêmes violences; ils ont enlevé plus de 100 chevaux sur les bords de la Yingeanne; les élus députent vers lui Surmain (probablement François Surmain, receveur d'Auxonne) pour l'a^

vertir de ce qui se passait: « Mordieu, b , dit Rangueil

en rejetant les remontrances, si tu n'étais pas ici, je t'apprendrais à parler, mais tu le payeras. » Et Surroain fut réduit à dresser un procès-verbal que la chambre des élus envoya inutilement au duc d'Épernon.

Après avoir payé pour être exempte des désordres des garnisons de la Bourgogne, la province dut encore donner 75,000 livres, moyennant quoi Sa Majesté donnera toute autorité à l'intendant de justice qui va en Champagne pour empêcher les incursions en Bourgogne des gens de guerre qui sont en garnison en Champagne * (19 fév. 1654). Peut-être, de son côté, la Champagne payait-elle aussi pour

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