LETTRE DE MAZARIN A CANDALE
Une dépêche de Mazarin au duc de Candale nous dispensera de citer tout autre document pour faiie apprécier l'état de Bordeaux, la situation de la cour et de l'armée royale, enfin la manière dont on faisait la guerre :
« h mai 1653. — Bordeaux est incommodé par toutes sortes de privations, et une lettre de Lenet à M. le prince, que l'on a interceptée, prouve que ceux de Bordeaux ne croient pas avoir hâte d'être secourus... Il semble qu'il ne serait pas inutile do menacer d'abord d'arracher les vignes et de brûler les maisons des champs, pouvant arriver que cela causerait quelque bon mouvement dans une ville dont la ridiesse consiste en cette sorte de bien... Quant au pain et à l'artillerie que vous demandez, on a donné là-dessus tous les ordres qui pouvaient dépendre d'ici dans l'état présent des affaires, où je vous puis dire, sans exagération, que jamais il n'y eut tant de peine à pouvoir trouver de l'argent, et cela est si vrai que notre campagne sera de beaucoup retardée, faute de pouvoir fournir aux troupes une assistance médiocre pour les tirer de leurs quartiers, quoique l'archiduc, M. le prince et le duc de Lorraine fassent tous les efforts imaginables pour se hâter d'entrer en France par deux endroits différents, avant que nous puissions être en état de leur résister... Vous devez croire qu'à moins que les choses soient impossibles, je les entreprendrai toutes avec joie pour vous faciliter les moyens de réussir dans votre emploi , y étant porté par des raisons si fortes qu'il ne peut y en avoir de plus puissantes sur moi, puisqu'il s'agit du service du roi et de votre gloire particulière (allusion au projet de mariage du duc avec une nièce de Mazarin) ; mais à vous parler franchement , vous ne devez pas attendre qu'on vous envoie de l'argent d'ici, tandis qu'on n'a pas seulement de quoi pourvoir à la dépense ordinaire de la maison du roi et aux choses absolument nécessaires pour soutenir l'effort des ennemis du côté des Flandres. C'est pourquoi il faut que vous tâchiez à trouver des fonds, à vivre dans la province même, et que vous fassiez en sorte qu'elle fournisse à l'avenir les moyens de faire la guerre *. »
Comme à Paris, le clergé intervint pour demander au
guerre et logée dans des cabanes élevées en dehors des murs, meurt de misère; à Montauban, l'épidémie emporte plus de 8,000 personnes; le Quercy en est tout dévasté. Voir Aldeguier, Histoire de Toulouse; Gau,ial, Histoire du Rouergue; Boudon, Histoire du déparlement dt Lot-et-Garonne; Lebret, Histoire de Montauban, etc. 1. Bibl. imp., ms. 361. Gaignières, t. LX.