‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 443 sur 503 · LA FIDÉLITÉ AU ROI ET AU PAYS · texte numérisé non relu

LA FIDÉLITÉ AU ROI ET AU PAYS

habitudes de la noblesse : ce fut seulement en mai 1654, moitié par ruse et par surprise, moilié par négociations et au prix de sacrifices pécuniaires qu'on put se rendre maître du gouvernement de Brissac, qu'avait usurpé le comle d'Harcourt sans aucune autorisation et qu'il menaçait de livrer aux ennemis du royaume, sien voulait employer la force contre lui. Son exemple trouva d'autres imitateurs : le maréchal d'IIocquincourt, entraîné par madame de Gliâlillon, voulait livrer à Coudé ses deux villes de Péronne et de Ham. Il fallut une armée conduite par Turenne, 200,000 écus et l'installation de son fils comme gouverneur dans Péronne, pour que ce maréchal rendît au roi ces deux places; eh 1658, il renouvela le même manège, mais moins heureusement, à propos de Hesdin. En septembre 1656, un conseiller au Parlement, Vallée, sieur de Chenailles, entreprit de livrer Saint- Quentin au prince de Condé; l'officier auquel il s'était confié pour ce projet le trahit, et l'entreprise avorta. Le coupable, étant magistrat, fut condamné par le Parlement au bannissement perpétuel, au lieu de la peine de mort que requérait le procureur général, tandis qu'à Pau, pour un attentat de même nature, quelques mois auparavant, et à Toulouse, quelques mois plus tard, deux gentilshommes, dont l'un était le marquis de Lusignan, furent exécutés. Le Comité d'Histoire de France près le ministère de l'instruction publique a reçu communication d'une longue relation à propos d'un complot formé par les officiers du régiment de Rambures pour livrer Ardres aux Espagnols. On peut également voir dans VÉtude de M. P. Clèmciii sur les papiers de Coîbert plusieurs tentatives de révolte, entre autres une de Normandie, sous prétexte que les Ëtats généraux n'avaient pas été convo-

SEMBLE PERDUE. m

quês, malgré la promesse faite par la reine pendant la Fronde.

Peu s'en fallut que, comme Henri IV, le roi n'eût à re« conquérir ou à racheter son royaume, ville à ville, de» mains de la noblesse, qui Toccupait par droit de concession ou par force. Lorsqu'elle ne trahissait pas, elle abusait singulièrement de son autorité: c'est ce que prouvent les procédures des Grands Jours^ cette justice sommaire que Louis XIY dut faire promener presque par tout son royaume, dans les premières années qui suivirent le rétablissement de la paix, pour réprimer les violences, faire cesser les extorsions, imprimer le respect des lois dont le peuple et la noblesse surtout semblaient avoir perdu l'habitude. Fléchier nous fait connaître les mœurs de tous ces brigandeaux dont les plus doux et les plus honnêtes auraient été de nos jours condamnés, pour le moins, aux travaux forcés à perpétuité*. Ceux de Normandie,

1. Voir les Grands Jours d'Auvergne, de Fléchier, édit. de M. Chéruel; les Histoires de France, de M. H. Martin, t. IV, p. 592, § II, Juslice et Police; de iM. Michelet, chap. v, les Grands Jours; chap. ix, Débâcle des mœurs, et une belle étude sur le livre de Fléchier, par M. Taine, Essais de critique et d'histoire. Il faudrait ua volume pour faire connaître les désordres moraux de cette époque, à laquelle Tallamant des Réaux et Bussy-Rabutin ont emprunté les détails de leur tableau, un peu exagéré peut-être. Ajoutons quelques traita fournis par nos documents manuscrits : la justice, dit la correspondance Séguier, est partout impossible, aussi bien dans les provinces du centre que sur les frontières, à Ribemont et à Marie, etc. « 6 mai 1649. Je démenti* rais ma profession si je taisais à Votre Grandeur, comme chef de la justice en France, qu'il ne s'en rend plus à Bordeaux ni aux pays voisins, ni s'y en peut rendre à l'avenir. — ï j- ,^t 1650. Montpellier. Il se fait ici beaucoup de crimes sans aucun châtiment; la justice y étant fort faible; pour moi, je n'ose qu'avec peine me mêler d'au* cune affaire pour ne pas me commettra inutilement avec les juges de la province; les peuples y sont dans le dernier désespoir. » Les registres d'écrou de la Conciergerie (1647-60) et celui du Châlelet (1651), qui se trouvent aux Archives de la préfecture de police, font frémirj ce sont les crimes, les plus monstrueux attentats contre les personnes et

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