‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 448 sur 503 · LES RELATIONS, INTERROMPUES · texte numérisé non relu

LES RELATIONS, INTERROMPUES

cune rente, pas même pour payer a l'office divin , qu'il faut cesser. » L'assemblée générale du clergé de France en 1656 autorise les diocèses de Picardie et de Champagne de présenter, lors de la demande des impôts, « l'information de leur ruine et spoliation. » Tous les ordres religieux mendient littéralement, et un échevin de Laon, dans sa déposition, les dépeint t errants par le: chemins, couverts de guenilles, méconnaissables et ne sachant oil donner de la tête. >

On avait voulu, au commencement de 1655, interrompre la publication àes Relations, « de peur qu'étant à l'avenir trop communes, elles ne fussent méprisées et jetées au nombre des feuilles volantes. » A la fin d'avril, ils en risquent encore une, « comme la dernière voix de nos pauvres. Voyez par nos Relations, crient-ils bien haut, si vous ne l'avez vu de vos yeux. »

«Nos terres sont abandonnées, en friche, et appartiennent au premier qui veut s'en emparer ; le reste des débris de nos maisons est occupé par les étrangers, les enfants sont sans pères, les femmes veuves; à peine avons-nous de l'eau pour nous rafraîcliir et du bois pour nous chauffer. Nous sommes continuellement exposés à la captivité de l'ennemi qui nous accable de contributions, et nous fait tomber sous la fardeau. Notre peau est desséchée comme l'herbe jetée dans le four par la grandeur de la famine qui nous dévore, et par les cuisaos chagrins qui nous consument. Saint-Quentin... On a envoyé quelques pièces de méchante étoffe appelée du bourra pour revêtir les plus nus... Laon... L'hôpital est rempli de soldats dont la misère touche le cœur; la pourriture et l'infection de leur corps est telle qu'on ne peut les aborder ; on a revêtu trois cent soixante-douze pauvres dans les villages circonvoisins, et a fallu encore en renvoyer un très-grand nombre, dont l'affliction est sans égale, voyant que l'impuissance mettait hors d'état de leur faire du bien ; l'on a envoyé quelque peu d'argent pour les pauvres de Marie et de Montcornet. Ce que l'on donne ne sert qu'à faire connaître la grandeur de l'aflQiction, et qu'elle ne se peut plus soulager. »

On peut deviner la douleur et l'effroi de ces malheu-

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