‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 458 sur 503 · INONDATIONS DE · texte numérisé non relu

INONDATIONS DE

pit dans la situation misérable de la France; mais le ciel, qui semblait avoir été un peu plus clément en 1656 et en 1657, et qui avait accordé de belles moissons dans toute la France, commença à redevenir d'airain : les gelées furent très-fortes pendant l'hiver de 1657, puis vinrent les inondations :

« Les gelée» prirent fin de novembre, et durèrent jusqu'à la fin de février suivant ; le dépel qui vint tout à coup ca'jsa de grands désordre» : les faux dégela en furent roccasion; il y en eut des apparences depuis le 25 janvier, mais la gelée reprenait peu de temps après, et les neigeg dont la terre était couverte se changeaient en une surface glacée, de sorte que toutes les eaux pendant deui mois se trouvèrent accumulées. Le dégel, qui arriva tout à coup, ayant dissous les glaces, enfla les rivières et fit un débordement des plus grands dont on ait mémoire. A Troyes et dans beaucoup d'autres lieux de la Champagne, il y eut de grands malheurs: tous les quais et la plus grande partie des rue» étaient inondées à Châlons; la perte causée aux portes et aux bâtiments fut estimée 150,000 écus. Â Reims, la Vesle dépassa ses bords de deux pieds; les moulins furent submergés, l'eau était plus haute que la clef des voûtes des ponts. La Suippe inonda tous les villages, dont les habitant» se sauvèrent les uns dans les greniers, les autres sur le» arbreSjOÙ ils restèrent, surtout à Boult, jusqu'à ce que, au bout de deux ou trois jours, on allât à leur secours avec des nacelles. Sur la Loire glacée, dit le registre paroissial du Donjon, on passaità pied, achevai^ à bœuf avec chairelle^ et litières. A Paris, dit Guy Patin, la Seine est aussi grosse et vingt fois plus rapide qu'en 1651. On ne voit passer sur la rivière que bois, paille, paillasses et lits. Il n'est pas jusqu'à la petite rivière de Bièvre qui n'ait fait rage dans le faubourg Sainl-Marceau, où elle a noyé bien du monde et abattu bien des maisons. La Grève est si pleine d'eau que l'on n'en approche que par bateau; le !«' mars, dan» la nuit, une partie du pont Marie est tombée dans la rivière avec environ 50 personnes ; deux arches du pont se sont enfoncées : elles soutenaient vingt-deux maisons. Les débordements firent aussi d'étranges ravages à Rouen, « qui est à moitié dans l'eau. » Compiègne, La Fère, ea souffrirent beaucoup; à Amiens, l'eau emporta une partie de la citadelle, Beauvais faillit être submergé, il n'y eut que trois rues qui n'ont point été inondées 1. Ces malheurs, la famine qui s'ensuivit, puisque le blé,

1, Bibl. imp., ms., coU. de Champagne, t. XXXIII.— Lettres de Gny Patin, 26 février, i«r--22 mars 1658 : « L'homme, dit Guy Patin dans un accès de dése-poir classique emprunté à Pline, l'homme est un misérable animal à qui tous les éléments fout la guerre. »

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