‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 46 sur 503 · REMONTRANCE DE MOLE · texte numérisé non relu

REMONTRANCE DE MOLE

nous le verrons plus tard, n'était pas dénuée de tout fondement. Ce n'est donc pas lui qui voudrait noircir le tableau, charger les couleurs; écoulons-le :

a V. M., dit-il à la reine, m'entendra exposer Textréinité des souffrances du peuple. Chacun, selon sa condition, ressent le poids trop pesant des charges de l'État. Ces voix plaintives retentissent partout et disent assez haut qu'après avoir payé 500 millions de plus en quatre années, on croit avoir satisfait ce qu'on doit au prince et à la patrie... Ajouterons-nous les maux qui suivent l'exécution de ces édits? Quels ravages, quelles exactions, quelles violences! Il est plus difficile, au milieu de la France, en cette terre qui sert d'asile h tous, de passer d'une province à rautre ou même de sortir de sa maison que d'entrer en pays ennemi... Encore si en payant sa part et portion de l'impôt on était quitte et libéré, mais toute la commune est solidaire, et l'on voit un particulier réduit à une prison perpétuelle après avoir acquitté sa dette personnelle... Les laboureurs seront bientôt contraints d'abandonner leur travail, de quitter leurs familles et leurs maisons pour demander leur vie de porte en porte. On exerce contre eux mille violences à main armée pour le payement des tailles. Ceux qui sont préposés pour les garantir les oppriment, afin de satisfaire l'avidité de gens qui seuls tirent profit des malheurs publics... Si un prompt secours n'y est pas apporté, la campagne ne sera bientôt plus qu'un désert • . »

La guerre, on l'a entrevu dans quelques mots échappés aux documents officiels, et surtout dans ce dernier, n'était pas la seule cause de toutes ces ruines, le mal avait des racines plus profondes dans l'administration; c'est là que nous allons l'étudier un instant.

1. Remontr. de Mole; M. de Barante, le Parlement et la Frondt»

■t. Voir l'Appendice du chap. Il, p. 54S.

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