‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 467 sur 503 · S18 MORT DB · texte numérisé non relu

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l'année où les armées du roi et de la Fronde traversaient et retraversaient sans cesse ces contrées, et pas une seule plainte ne s'élève dans ces pièces contre leur indiscipline et leurs pilleries ; nous les connaissons trop pour admettre ce silence.

Leur vraie date est, nous le croyons, la disette de 1660 et non celle de 1662. Ces documents d'ailleurs sont les derniers de ce genre que rencontre l'historien du paupérisme dans ses recherches. Comment se seraient-ils renouvelés en 1662, après la mort de l'ardent apôtre de la charité? Vincent de Paul s'éteignit le 27 septembre 1660, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, en appelant la bénédiction de Dieu sur toutes ses œuvres charitables*. Plus encore peut-être que dans l'oraison funèbre de Henri de la Tour, évoque du Puy, l'éloge du citoyen se trouve dans un mot de Lamoignon : directeur de l'Assistance publique au nom du gouvernement, comme premier président, depuis 1638, il avait pu apprécier par luimême, pendant ces deux terribles années, la chanté du prêtre qu'il connaissait si bien de réputation par !•• récils de sa mère et de sa sœur, a Toute la France, écril-il à propos de cette triste nouvelle, a perdu en la mort de M. Vincent, et j'ai, en mon particulier, beaucoup de sujets d'être sensiblement touché d'une si grandi' perle.» « Les pauvres, dit de son côté la reine mèr» viennent de faire une grande perle. » Cette douleur générale, dont nous pourrions rapporter cent autres témoignages (le prince de Conti, (a reine de Pologne,

1. Recueil Thoisy, jïfa^ ecclésiastiques, t. XIV, 3« série, et Hôpiiaui, t. I«'; Bibl. imp. et bibl. de l'Artenal, Hecueil de pièces imprimées, 1673 bis (Jurisprudence);?. Clément et Alex. Monnier. Sur la mortl Vincent de Paul, voir Loret (Lettres du 2 oct. et du 27 nov. 1660).

l'ancien général des galères devenu le père oratorien de Gondi, etc.), prenait sa source dans le découragement général qu'éprouvait la société tout entière à la vue de ce paupérisme persistant, endémique et toujours plus envahissant ; sentiment dont il existe une tradition naïve, la Légende du bonhomme Misère. Elle doit, nous le pensons, dater de cette époque, et peut servir d'épilogue à la Fronde comme les gravures de Callot en sont le prologue*.

1. M. de Cbampfleury qui vient de rééditer ce petit chef-d'œuvre de

littérature populaire, hésite sur l'origine et sur la fiate de sa publication; quoiqu'on retrouve, comme l'ont montré MM. Mérimée et Ëd. Laboulaye, dans toutes les littératures des récits de nourrice ou de bonne vieille qui ont quelque analogie avec notre légende du Bonhomme Misère, nous la croyons d'origine française. C'est bien le paysan de notre pays, ce Jacques Bonhomme si patient et si bon qu'une injustice et une cruauté de plusieurs siècles n'ont encore pu lasser et qui ne laisse percer qu'une triste résignation. Tant que durera ce régime admiuistratif qui faisait dire, le 4 ran'i 1789, en pleine ctiaire, à Versailles, dans l'église Saint-Loui?, le jour de l'ouverture des États-Généraux, en présence de toute la cour et des trois ordres réunis, par Mgr de laFare, évèque de Nancy et adversaire opiniâtre des réformes ; « Sire, le peuple sur lequel vous régnez a donné des preuves non équivoques de sa patience... c'est un peuple martyr, à qui la vie semble n'avoir été laissée que pour le faire souffrir plus longtemps; » tant que durera ce régime. Bonhomme ne peut espérer la fin de ses maux : au lendemain de la défaite de la Fronde, il ne peut apercevoir ni prévoir le terme de la monarchie absolue, il s'abandonne non pas à l'amertume et à la haine, mais à la tristesse et à la mélancolie qui remplissent son cœur.

Quant à la date, celle de la plus ancienne édition qu'on connaisse est de 1709, à Troyes, chez la veuve de Jacques Oudot et JeanOudot fils, c'e?t-à-dire six mois avant la terrible peste de Marseille. Cependant, d'après certains indices, M. Champfleury présume que celte légende avait dû faire partie de la collection de Nicolas Oudot, dès 1665. Ce détail nous semble capital : Jean Oudot aura refait sous la régence malheureuse de Louis XV ce que son grand-père Nicolas Oudot avait prob >blement publié pendant l'époque plus malheureuse encore de la régence de Louis XIV. D'où d'ailleurs pouvait naître cette publication, si ce n'est de Troyes, centre de cette Champagne que nous avons vue si malheureuse. Ajoutons que déjà nous avons rencontré en 1649 (voir

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