LEGENDE
Un jour, deux pauvres voyageurs arrivent trempés jusqu'aux os dans un village. Après avoir vainement demandé l'hospitalité à un riche bourgeois du lieu, ils sont conduits par une misérable lavandière qu'ils rencontrent lavant son linge au bord d'un ruisseau, chez un paysan, le bonhomme Misère. Malgré son extrême pauvreté, celui-ci les reçoit du mieux qu'il peut, et veut môme leur céder pour coucher l'unique botte de paille qu'il possède. Au moment du dépari, les deux voyageurs, qui ne sont autres que saint Pierre et saint Paul, disent à leur hôte généreux de faire un souhait, dont ils demanderont l'accomplissement à Dieu. Or, Misère avait pour tout bien un poirier « qui fournissait seul presque la moitié de la subsistance de ce bonhomme. » Le jour môme où il avait reçu les illustres voyageurs, Misère était tout chagrin d'avoir trouvé son arbre dépouillé de ses plus beaux fruits : « Je ne demanderais, dit-il tout en proie à son chagrin, rien autre chose au Seigneur, sinon que tous ceux qui monteront sur mon poirier y restassent tant qu'il me plairait, et n'en pussent descendre que par ma volonté. » Après une courte oraison des bienheureux apôtres, le souhait de Misère est exaucé. Bientôt le voisin, méchant et larron, qui volait les poires, est pris ; Misère, vrai bonhomme dans toute l'acception
p. 146) un livre où la Misère est personnifiée. Avis, remontrance et requête de huit paysans, de huit provinciaux.... composé par Misère et imprimé en Calamité, De celle personnification à l'idée du héros légeodaire, le Bonhomme Misère, il n'y a qu'un pas facile à franchir. Sous l'influence puiss^ante des circonstances, un de ces contes de nourrice dont nous parlions, abandonnantenfin les formes vagues, indécise?, flottantes de la tradition, aura pris corps, revêtu un caractère iudividuel, et donné naissance au chef-d'œuvre des petit» livres bleus, littérature populaire dans toutes les chaumières; il est resté anonyme, parce qu'en réalité c'est l'œuvre collective de tout le peuple.